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Tourner la page et construire l’avenir du Cameroun: nous pouvons le faire

Par Dominique Yamb Ntimba, Secrétaire exécutif de la Coalition Citoyenne pour le Cameroun (Coacic)

Réaction au « don de 500 000 ordinateurs aux étudiants » par le président de la République

Il y a des moments dans la vie de son peuple où il faut savoir prendre clairement position et dire avec force l’un des mots qui font de nous des hommes et des patriotes : NON!

J’aimerais rappeler à nos députés qu’ils doivent savoir être des élus : des tours de garde qui rappellent au Président de la République que la nation est infiniment plus grande que lui, que chaque citoyen est infiniment plus grand que lui, qu’il a la chance d’être le serviteur d’une cause qui le dépasse mais lui donne l’immortalité et le bien-être. Vous devez, chers élus, toujours vous rappeler que la Constitution vous donne le droit, vous exige comme devoir, de veiller sur le patrimoine national et l’avenir de notre peuple avec rigueur et fermeté.

J’aimerais rappeler à notre Président, il l’est encore pour la période qui va de août 2016 à octobre 2018 malgré tout et mérite notre respect pour cela, que le moment est venu de céder la place.

Je le lui conseille depuis un long moment (au moins depuis 2010), mais je constate qu’il ne voit pas, ne comprend pas, ne se rend pas compte (est-ce parce qu’il ne peut pas le comprendre, le voir ou s’en rendre compte?) que le temps est venu de partir dignement et avec notre engagement de le protéger contre qui que ce soit car voir encore mourir un de nos Chefs d’Etat à l’étranger ou autrement que dans son lit nous est intolérable. C’est une question de souveraineté et une certaine idée de notre pays.

Monsieur le Président, la coupe est pleine, partez en 2018, ne vous représentez pas. Laissez-nous notre pays et regardez-nous en faire ce que nous voulons : un pays développé en 10 ans au plus. Je sais de quoi je parle.

Désormais, qu’importe votre expérience et votre âge, nous ne vous écouterons plus. Ne nous poussez pas à vous demander aussi de vous taire. Vous avez franchi la ligne rouge avec ce risque de détournement de 70 ou 75 milliards de FCFA pour …un don d’ordinateurs (quelle est même la somme exacte ?). En effet, il me semble que notre budget 2016 ne prévoit pas de dons aux citoyens en encore moins ne comporte une rubrique de 75 milliards de FCFA pour l’achat d’ordinateurs.

Notre constitution ne prévoit nulle part que vous pouvez faire des dons aux citoyens. Nulle part ! Soumettez la préoccupation à vos conseillers juridiques ! Et pour quelle somme ! Presque 1/20 de notre budget d’investissement en 2016 !

Il y a donc un risque majeur de détournement de deniers publics. C’est donc bel et bien une situation critique de risque majeur de détournement de deniers publics. Et cela est lourdement puni dans notre Code Pénal, en cas de grande réalisation d’un tel risque.

Pire, nous ne comprenons pas que vous fassiez des dons avec de l’argent public !

Techniquement, détourner des fonds publics c’est les utiliser à des fins autres que celles prévues par le budget en cours. Ce n’est donc pas nécessairement du vol. En fin de période budgétaire, tous les fonds disponibles qui n’ont pas été utilisés doivent retourner (symboliquement, par jeu d’écriture comptable, car l’Etat n’est pas censé balader des sacs d’argent entre ses services – même si on aura tout vu sous vos 31 ou 32 administrations depuis 1982) au Trésor Public pour report au prochain budget ou autorisation spéciale du Parlement pour une utilisation imprévue.

Vous jouez souvent à signer des ordonnances qui modifient le budget de l’Etat après sa promulgation par vous-même : c’est de la mauvaise gestion et de la mauvaise gouvernance. Vous ne gagnez rien à vous mettre le pays à dos ! Renvoyez le texte au Parlement avec vos projets de modification de la loi des finances et faites adopter à nouveau par le Parlement, puis, promulguez également à nouveau. Techniquement, vos ordonnances sont anticonstitutionnelles et devraient faire l’objet d’arrêts suspensifs par la Cour Constitutionnelle. Mais, voilà, il n’y en a pas encore depuis .1996.

Je ne comprends pas pourquoi des choses si simples et d’une pure élégance sont si compliquées à faire pour vous et vos Gouvernements.
A votre âge, vous devriez savoir que les 30-40-50 ans sont là pour mettre leur expertise à votre disposition mais le contexte politique que vous avez entretenu et qui avait assassiné Um Nyobe, Moumie et Ouandie hier, ne nous convainc pas de travailler avec vous. Ce serait un tel gâchis pour nous! Et surtout, pour ce pays pour lequel nos ancêtres comme mon arrière-grand-père Ntimba Ngom se sont battus fièrement pour que votre génération aille à l’école, ne souffre pas, vive confortablement et, avec beaucoup d’espoir, bâtisse ce pays béni où tout pousse, où tout est beau, où les femmes et les hommes sont d’une intelligence rare et d’un dynamisme au-dessus du 10e supérieur dans le monde (4e pays le plus entreprenant au monde en 2015).

Vous avez fait ce que vous pouviez pour notre pays, très peu en réalité ; il reste à faire toutes les bases, mais nous vous sommes profondément reconnaissants pour Bakassi (rien ne vaut une guerre évitée avec des frères et voisins. Cela restera à mes yeux votre seul fait d’armes à la tête de notre pays. (Qu’importe les termes secrets du compromis, vous avez évité que coule davantage de sang camerounais.) Le reste de vos actions éventuelles est sans grande importance. Cela se serait fait mécaniquement. Malheureusement, vous avez cassé la mécanique et même le minimum vital ne s’est pas fait.

Le pays croule sous une dette sociale et historique inestimable, il subit les conséquences d’une doctrine militaire et économique aux ordres, coloniale et alors qu’il appelle de tous ses v ux une conception originale et nationale. Nous avons des femmes et des hommes de qualité dans notre armée et notre police, dans notre fonction publique et nos entreprises, je les connais, je les apprécie, je les encourage. Ils le savent. Ils sont étonnés que je reconnaisse sincèrement et ouvertement leurs sacrifices et leur dévouement.

Nous avons des personnels patriotes et déterminés dans notre armée et notre police dont l’Afrique et le monde ont vu la bravoure et l’honneur à Bakassi, en RCA, au Cambodge, en Haïti et contre le groupe de crime organisé qu’est Boko Haram. Ces hommes méritent un meilleur commandant en chef et une vision nouvelle de notre sécurité nationale.

Le pays est en proie à une insécurité généralisée, et vous ne le voyez pas ? Vous y contribuez par des dons sans même vous en rendre compte ! Vous donnez à une puissance étrangère le droit et l’opportunité de tracer et collecter sans effort toutes les réflexions et toutes les inventions de tous nos étudiants ? Qu’est- ce qui vous arrive ?

Je doute que vous voulez espionner tous vos compatriotes qui utiliseraient un de ces ordinateurs, autrement dit tous nos étudiants ? Je doute également que vous ayez décidé de vendre au franc symbolique (comme toujours) ce que le pays a de plus cher : ses ressources humaines et leur production intellectuelle ? Mais ces doutes, qui n’existent manifestement que par respect pour la fonction présidentielle où je suis convaincu qu’on ne peut faire certaines choses sans intentions ni buts autre que le bien-être du peuple, ont du mal à ne pas s’occire rapidement.

Vous êtes manifestement dépassé par la fonction que vous occupez depuis trop longtemps ! Il est temps de quitter le poste. Il est temps de rajeunir la fonction et de la restituer hors des rangs de votre rassemblement.

La somme que vous jetez par les fenêtres est inférieure à celle que bien des pays ont dépensé dans les années 1980 pour démarrer leur industrie informatique qui produit aujourd’hui des dizaines de milliers de milliards de FCFA. Avec 70 milliards, on pouvait créer sept (07) pôles informatiques avec universités IT, centres de recherche et incubateurs d’entreprises. Dix ans après, cet investissement rapporterait au Cameroun au moins mille (1000) fois la même somme, soit au moins 70 000 milliards de FCFA.

Et on se souviendrait de vous. Et on se souviendrait de vous. Et vous resteriez dans les mémoires.

En politique, voilà comment un Chef pense : que sera le futur ? Comment vais-je le construire et le structurer de telle sorte qu’il soit porteur de ressources pour mes compatriotes ?

Un Chef, un vrai Chef, ne bride pas le futur de son pays comme vous le faites.

C’est récurrent et cela dérange, énormément.

Vous défenestrez l’argent de la sueur des Camerounais avec une telle régularité et une telle facilité que certains se demandent si vous reprochez quelque chose de particulier à ce pays.

J’ai pourtant entendu ma mère et mon père placer tant d’espoirs en vous en 1982. J’étais encore un bambin, mais la joie ou la colère de mes parents ne pouvaient m’échapper. C’était même des indicateurs précieux pour moi pour leur demander quelque chose ou me caler dans mon lit quand je sentais que même jouer les consolateurs était inutile.

Que me permettez-vous de faire dans la situation actuelle avec vous ? Vous demandez quelque chose ? Me caler dans ma conviction que vous appartenez définitivement aux heures sombres de notre histoire ? Vous consoler de vos décisions blessantes contre le Cameroun qui vous a tout donné : éduction gratuite, emploi et confort matériel depuis .1962, pouvoir suprême et opportunité vaine d’entrer dans l’histoire comme un grand depuis .1982, etc.

Les dépenses de santé de notre pays étaient de 800 milliards de FCFA environ en 2015. En investissant 70 milliards de FCFA :
– en formation de qualité pour les médecins, gestionnaires hospitaliers, ingénieurs, infirmiers et techniciens;
– en production locale d’équipements, de médicaments et de consommables divers ;
– en construction d’infrastructures modernes dans un réseau national ;
vous auriez évité à ce pays des douleurs innommables appelées Dr Hélène NGO KANA ou Monique Koumatekel, et permis le développement économique de ce secteur d’activités sensible et fertile. D’après les estimations du think tank que je dirige, en dix (10) ans, cela aurait produit au moins 20% à 40% de plus que l’informatique, car, vous ne le savez peut-être pas, les multinationales les plus grosses et les plus profitables sont celles du secteur de la santé, pas de l’informatique.

Maintenez que vous le savez, offrez donc des bistouris et de l’alcool aux élèves-infirmiers et aux étudiants en médecine et non des laboratoires et des hôpitaux !

Si vous aimiez tant ce pays, vous auriez soutenu contre vents et marées les initiatives de fabrication de matériel informatique telles que celle de Djeukam Tchameni (malgré son opposition à votre politique bizarre, opposition justifiée par le temps). Le Cameroun n’aurait pas à en faire une préoccupation particulière aujourd’hui.

Mais il faut être un leader d’exception pour prendre une position politique et éthique aussi difficile mais salutaire pour le pays. Et, bien sûr, ce ne fut pas le cas.

Le Cameroun a importé en 2013 pour 800 milliards de FCFA, 2 110 tonnes de riz (nous avons pourtant environ 7,5 millions d’hectares de terres cultivables), de poisson (nous avons 402 km de côtes hors criques et estuaires, des milliers de kilomètres de fleuves et rivières, des centaines de lacs), d’huiles, de sucre, de sardines, etc. Ce sont là des choses que le Bon Dieu, Amon-Râ, n’a jamais fait pousser ni vivre en zone équatoriale.

Avec 70 milliards de FCFA, ce pays aurait cultivé 200 ha * 70 = 14 000 ha d’ignames que tous les Camerounais consomment et que le Bon Dieu, Amon-Râ, a toujours fait pousser en zone équatoriale. Avec un rendement moyen de 30 tonnes par hectares (on peut obtenir jusqu’à 60 tonnes par hectares), cela fait 420 000 tonnes d’ignames au bas mot.

A 1 000 FCFA le kg d’ignames, le pays aurait créé une activité de 420 milliards de FCFA. Pour chaque FCFA dépensé, une recette de 6 FCFA.si nous faisions un bénéfice net de 10%, notre investissement de 70 milliards de FCFA aurait rapporté tous les 08 mois .42 milliards de FCFA. En dix ans, cela aurait fait 660 milliards de FCFA, soit 15% ou 1/6 du budget national 2016.

Quatorze mille hectares d’ignames représentent 100 emplois * 70 = 7 000 emplois directs dans les champs et au moins 3 000 emplois indirects, liés à ce programme, dans le matériel roulant, la commercialisation de divers produits, les intrants agricoles, les services financiers, les services de santé, la communication, le transport, la transformation industrielle, la recherche, etc., soit 10 000 emplois et au moins 50 000 enfants. Si chaque emploi est rémunéré à 100 000 par mois au moins, cela fait 1 000 000 000 FCFA par mois, soit 12% du coût du programme.

La plupart des parents auraient ainsi eu les moyens de payer un ordinateur de 150 000 FCFA (exonéré de TVA) à leur enfant étudiant via un partenariat avec des partenaires financiers (entreprise de leasing) qui leur auraient permis de financer cette acquisition en 24 mois à .7 656 FCFA par mois, avec le taux d’intérêt de 15% TTC compris.

Un tel partenariat peut d’ailleurs s’étendre à tous les parents du Cameroun et d’Afrique ! Encore faut-il y penser.Encore faut-il prendre le temps de chercher et de n’appliquer que ce qui vaut le mieux pour son pays.

Nous pourrions étendre la meilleure utilisation à bien des secteurs d’activités, mais avec ce que nous avons présenté, il est démontré à suffisance que même si c’est 1 000 000 FCFA qui est utilisé pour faire un don à nos étudiants, c’est une mauvaise décision économique, un risque et un problème juridiques et constitutionnels sérieux, un calcul politique mesquin et ignoble. Les étudiants n’ont pas besoin de la pitié ou du clientélisme, ils ont besoin d’un Chef d’Etat et d’un Gouvernement en action, guidés par l’efficience, le patriotisme et le sérieux. Les étudiants ont besoin d’un pays construit pour s’y mouvoir et pouvoir prendre le relais en se juchant sur des épaules de géants politiques et économiques, de modèles éthiques et nationalistes, de visionnaires énergiques et efficaces.

Je ne comprends pas qu’après la MIRAP, voici le DON D’ORDINATEURS qui donnent du travail aux étrangers, leur permet d’envoyer leurs enfants à l’école et de leur acheter aisément des ordinateurs sans endetter leur pays ni hypothéquer lourdement de quelque manière leur avenir !

Le plus intrigant dans ce « don » qui est plus un acte d’achat de consciences qu’un don en réalité, est que le Président a décidé de vendre au franc symbolique toute la production intellectuelle de nos étudiants aux chinois : réflexions quotidiennes, notes de lectures, recherches pour les exposés et examens, travaux de recherches en vue des diplômes de licence, de master et de doctorat, rédaction de romans et textes scientifiques divers, etc. Dans un monde et une époque qui produisent et vendent essentiellement de l’information et du savoir, quel idiot livrerait des ordinateurs aux étudiants d’un pays sans y installer des dispositifs de collecte et transfert de données ? Et nous parlons des étudiants de l’un des pays les plus créatifs du monde !

Le risque de haute trahison n’est-il pas réalisé quand les découvertes scientifiques et les inventions technologiques d’un pays sont données à une puissance étrangère ? Les juristes doivent nous édifier à ce sujet. Le pire dans ce cas-ci, c’est que nous payons même cette puissance étrangère pour qu’elle prenne le fruit de nos efforts et les outils de notre dignité et de notre indépendance.

Nous avons besoin de la Chine comme de tous nos partenaires politiques et économiques, mais je crois que parfois les Chinois et nos autres partenaires se demandent si nous ne sommes pas des hommes des cavernes. Avec 70 ou 75 milliards de FCFA, on crée une industrie informatique ! La Chine aurait dû recevoir de nous une demande de nous livrer des usines et des équipements pour la production des équipements IT et pour la formation dans ce domaine.

Si nous considérons que l’ordinateur est devenu le cahier d’aujourd’hui, alors, comme SAFCA nous fabrique des cahiers, Intelar, TEG, Miracle Informatique, X-Net, Palm Telco et autres auraient pu devenir des partenaires de l’Etat du Cameroun pour la production des ordinateurs au Cameroun. Le Président de la République aurait été mieux avisés de les réunir, de mettre sur la table un apport en exonérations fiscales illimitées, en exonérations douanières totales, en décret créant et aménageant via la MAGZI une zone industrielle spéciale IT avec pour seule charge les salaires et les charges sociales, en barrières tarifaires et non tarifaires pour protéger l’industrie IT naissante, en accords avec Microsoft et Google ou Apple pour leurs systèmes d’exploitation, en dispositions de protection des brevets internationaux dans ce secteur et de coopération avec la nouvelle entreprise parapublique à gestion totalement privée, etc.

Mais est-on prêt à donner un peu de soi pour ce pays, sa jeunesse et son avenir ?

Orange Cameroun, MTN Cameroon, Viettel Cameroon, Camtel, Campost, etc., y aurait trouvé un intérêt financier évident ; nos banques, notre diaspora si peu écoutée et rarement impliquée à tort, et bien des investisseurs locaux et étrangers auraient suivi un tel « projet structurant » (expression bizarre à la signification toute aussi bizarre car n’ayant aucun sens précis ni en économie ni en grammaire française, mais bon ! Le Cameroun et ses choses !) au regard du grand marché de l’Afrique Centrale qui va du Tchad à l’Angola (pas loin de 200 millions de personnes), et si l’on pense aux 200 millions de Nigérians qui sont adossés sur nous !

Mais pourquoi diantre sommes-nous si paresseux ? Pourquoi faire un tout petit effort pour ce pays est-il de la mer à boire ? Pourquoi n’osons – nous pas pour mériter notre nationalité et nos hautes fonctions ?

Tout semble tellement aller de soi !
La moitié des étudiants camerounais possède un téléphone portable dont le prix est au moins égal à 75 000 FCFA. Donc, je ne vois pas dans un besoin imaginaire d’ordinateurs le problème le plus épineux de leur formation. Un peu comme au lieu de construire ou faire construire des laboratoires, des bibliothèques et des studios de cinéma pour soutenir leur formation dans ce domaine et en management culturel, on a fait construire .une salle de cinéma, en plus par une société de production de films en quête de débouchés.

Nous faisons ici un appel urgent à la méthode.
Eh bien ! Ce dont ils ont besoin, nos chers étudiants, ce sont des salles de cours, des campus propres, des bibliothèques, des laboratoires, des résidences universitaires, des bourses d’études et de recherche, des opportunités de travaux pratiques et de stages académiques pour ceux des filières professionnelles et techniques dans le cadre des programmes de construction des infrastructures universitaires, des incubateurs d’entreprises avec des fonds d’investissement afin qu’ils matérialisent leurs idées sous formes d’entreprises qui verseront des salaires aux parents qui paieront eux-mêmes des ordinateurs à leurs enfants. Nos étudiants ont besoin d’un backbone de fibre optique interuniversitaire pour au moins trois raisons fondamentales :

1. Que leurs enseignants, paradoxalement traités avec la plus grande indignité dans ce pays, soient moins fatigués, se déplacent moins sur des routes de campagne dangereuses appelées « axes lourds » (j’aimerais que les ingénieurs en BTP m’expliquent cet autre trait de génie du Cameroun et du Renouveau) et puissent dispenser des cours à plusieurs universités publics et privés en même temps par vidéoconférence, ce qui fera faire de grosses économies au pays d’un point de vue macro-économique, de gestion de nos ressources humaines si peu nombreuses et péniblement acquises, et instaurera une plus intense compétition entre étudiants. Nous connaissons le résultat d’une telle situation : une amélioration sensible de leur niveau de qualification et de compétences que les entreprises appellent de tous leurs v ux.

2. Que les ressources virtuelles de chaque université publique et privée (livres, mémoires, thèses, articles, cours, épreuves et corrigés, conférences, travaux pratiques, benchmarks divers, etc.) deviennent accessibles à tous et rendent donc la formation plus aisée et la recherche plus pointue.

3. Que l’ère du numérique, dont on parle trop virtuellement avec des coups de 75 milliards de FCFA, sonne enfin réellement à la porte de notre monde universitaire.

En réalité, l’entrée dans le monde numérique est une question d’infrastructures d’abord et de matériels didactiques ensuite. Si on affine sa méthodologie d’approche de ce problème, on comprend vite que les étudiants veulent des infrastructures qui n’existent pas ou très peu, qu’ils souhaitent que leurs enseignants soient mieux payés pour qu’ils se concentrent un peu plus sur leur métier et non sur les astuces pour arrondir les fins de mois, que la gouvernance universitaire s’améliore avec l’instauration de l’élection des recteurs, des doyens et des chefs de département par leurs pairs parmi les enseignants les plus anciens dans le grade le plus élevé afin que l’éthique universitaire soit préservée, que les pertes de temps et d’énergie pour notre jeunesse comme les BTS, les DSEP et je ne sais quoi encore soient supprimés, qu’on entérine l’organisation universelle des études universitaires en Licence – Master – Doctorat, ce qui clarifie le parcours universitaire et facilite les équivalences au niveau professionnel, etc.

Au fait, cela va faire combien de fois qu’on finance l’interconnexion des universités au Cameroun ? N’y a-t-il pas un backbone national dont l’un des objectifs et boucles majeurs était l’interconnexion des universités après un ou deux précédents foireux projets intégralement financés tout de même? Il faudra que quelqu’un nous fasse un état des financements des interconnexions au Cameroun depuis l’année 2000 au moins. Au rythme où nous y investissons, chaque patelin perdu doit déjà être équipé.

La diversion de ceux qui porte l’avenir de la nation entre leurs deux oreilles et par la qualité de leur parcours universitaire est criminel. C’est pour cela que le principe de l’école aux écoliers et la politique aux politiciens déclamée avec force et justesse en 1991 reste valable à mes yeux.

Tiens ! Mais qui disait cela ! Ne me dites pas que c’était notre Président actuel ! Aïe !

Je ne comprends donc pas pourquoi il mêle les étudiants à la politique par une man uvre de diversion et de clientélisme à la fois :

1. l’entrée en vigueur des APE le 04 août : ces accords rendent quasi-nulle l’effet des qualifications des étudiants camerounais au cours des 20-30 prochaines années sauf si le pays change de dirigeants en 2018, pense et réorganise sa gouvernance et ses relations extérieures dans la foulée. Ces accords coloniaux, version 1884.2, sont la réponse de l’Europe dans sa quête de débouchés comme en 1884. Comment allons-nous pouvoir nous développer si notre industrie doit mourir pour que les produits européens soient vendus chez nous?

Comment allons-nous donner du travail aux jeunes et aux étudiants actuels si l’espace économique est contrôlé par des étrangers en son c ur : l’industrie, et en son système circulatoire : la logistique ? Comment pourrons-nous donner à manger à nos familles et à nos voisins qui comptent sur nous si nous ne produisons industriellement rien qui ait une réelle valeur ajoutée ? Il fallait divertir les 500 000 étudiants du Cameroun afin qu’ils oublient que leur avenir vient d’être vendue à vil prix.

2. L’éventualité d’une élection présidentielle anticipée : dans toutes les chaumières et dans tous les salons, cela semble se confirmer. La session parlementaire de septembre 2016 risque sérieusement de nous apporter une surprise majeure : la modification de la constitution conduisant à une élection présidentielle anticipée. Souvenons-nous que chacune de ces élections est précédée par un effet d’annonce de ce type dont personne d’ailleurs ne verra jamais la réalisation mais l’argent sera parfaitement dépensé.

Sommes-nous en face d’un cas de figure de recherche subtile de financement pour les prochaines élections présidentielles et autres par le parti du Président de la République ?

Je pense que le Président veut régler deux problèmes : divertir la jeunesse qui ne voit toujours pas le premier FCFA du plan spécial jeune annoncé en février 2016 (sauf que annoncer un plan hors budget appelle deux choses : une procédure de son insertion dans ce budget par un avenant au budget de l’année en cours ou une ordonnance à cet effet, ce qui, dans les deux cas, en ce sujet précis, est une preuve d’amateurisme managériale, car nous ne faisons face à aucune crise sociale ou économique majeure) et dont l’avenir vient d’être vendu aux enchères aux européens par les APE d’une part, et, d’autre part, s’aliéner un électorat sensible, perçu irrespectueusement par le régime comme malléable et, ipso facto, les parents des étudiants.

Cela fait potentiellement 1 000 000 de parents. Ainsi pense-t-il mettre déjà de côté un trésor de guerre de 1 500 000 votes sur les 6 000 000 d’inscrits que ELECAM semble avoir pour consigne de ne pas dépasser.

C’est du cynisme politique pur et dur.

Ce n’est pas de la gestion des affaires publiques.

Ce n’est pas de la politique, c’est une braderie.

C’est une man uvre indiquant une intention manifeste de fraude électorale anticipée lors d’une élection présidentielle anticipée.
Je suis persuadé que :
– notre jeunesse a besoin d’un homme dans la quarantaine qui les comprend, peut être leur leader par sa proximité par l’âge et l’intuition des besoins et enjeux actuels et futurs,

– la fraîcheur et la fougue de notre jeunesse permettront, cette fois-ci, de changer le leadership de notre pays en faveur d’un jeune leader dans la quarantaine. Entre 20 et 50 ans, nous avons 80% de l’électorat potentiel.

– La force de l’âge, la capacité de travail, la solidité des convictions, la perception intuitive des enjeux et des besoins que donne l’appartenance à l’époque, une vision offensive dans la recherche des solutions économiques et sociales et des termes favorables à nos intérêts dans les partenariats en harmonie avec les attentes de la grande majorité des citoyens, sont les critères qui convaincront cette jeunesse et leurs parents.

– Notre jeunesse et ses parents savent que ce sont ces qualités qui créeront une industrie puissante et diversifiée, une formation et une production scientifiques et technologiques de haut niveau, une société cohérente avec elle-même, en harmonie avec son histoire et ses partenaires, guidée par la bonne gouvernance et le respect strict des libertés et des droits, un pays où abonderont dans nos magasins et nos boutiques le macabo et le kilichi, le mbongo’o tchobi et le eru, le nkwii et le sanga, car le développement a pour base la culture.

Notre sécurité nationale dépend de notre capacité à produire de la richesse. Lorsque le Président et son Gouvernement dilapident nos ressources, offrent l’ensemble du travail intellectuel futur de nos cadres à une puissance extérieure, nous empêchent de produire de la richesse, font de nous de serviles consommateurs comme en 1884 et hypothèquent notre avenir et celui de nos enfants, ils mettent notre sécurité en danger. Ils nous fragilisent, ils nous rendent vulnérables, ils nous mettent à la merci de toutes sortes de dangers potentiels.

La sécurité nationale, c’est d’abord produire assez pour être capable de tenir le siège des embargos ou des agressions, contrôler cette production et la projeter par le contrôle de l’information produite localement et la conquête de celle qui s’édite ailleurs. C’est gérer de manière rigoureuse, efficiente et productive les ressources humaines et financières du pays afin de garantir à tous les deux éléments essentiels de la vie : la liberté et le bonheur. Or, il n’y a pas de liberté et, ipso facto, pas de bonheur pour ceux qui ne produisent rien et sont ravalés au rang de consommateurs passifs.

Le Président ne poursuit donc plus la défense de notre sécurité nationale avec cette dépense.

Je pense que la conclusion devrait aller de soi pour notre Peuple : le moment est venu de remercier notre Président actuel et tout son Gouvernement. Je le dis dans les deux sens du terme : les faire partir du pouvoir et leur dire merci pour le peu qu’ils ont pu faire.

Personne ne sera poursuivi.

Personne ne sera inquiété.

Personne ne perdra ses biens bien acquis et déclarés depuis l’entrée en vigueur de la Constitution actuelle en 1996.

Nous ferons barrage à ceux qui les agresseront judiciairement.

Mais il est temps de tourner la page.

C’est ce que font tous les pays sérieux quand leur Président et leur Gouvernement ne défendent plus leurs intérêts : TOURNER LA PAGE.

J’appelle donc les citoyens camerounais d’ici et d’ailleurs, de descendre en masse dans les bureaux de ELECAM, demander à se faire inscrire en masse sur les listes électorales, de se tenir prêt pour les prochaines élections présidentielles qui se profilent à l’horizon, de voter pendant celles-ci et de contrôler leur vote jusqu’à la publication des résultats.

J’en appelle aux programmeurs informatiques et ingénieurs de télécommunications de se joindre à moi pour former une équipe de 30 volontaires qui va développer un module radio nouveau et une application Android, Windows, IOS et Blackberry qui permettra de filmer le comptage des votes et tous les Procès-verbaux signés par tous les acteurs autorisés de chaque bureau de vote, de les poster et de les centraliser dans un réseau de serveurs qui les liront et déclareront les résultats du vote au plus tard quatre (04) heures après la fermeture des bureaux de vote.

J’en appelle à tous les Camerounais à se rendre massivement dans les bureaux de vote, de voter, d’offrir cette journée à leur pays en surveillant le processus électoral, en sécurisant les urnes, en participant au comptage des bulletins de vote qui est légalement public, en téléchargeant l’application COACIC qui sera en ligne dès novembre 2016, en filmant le procès-verbal officiel qui sera signé par les représentants de chaque parti politique et le Président de chaque bureau de vote, en nous l’envoyant par messagerie afin que les résultats soient conformes à la volonté du Peuple. Pas de panique si les réseaux téléphoniques sont coupés. Le système aura une fonctionnalité qui permettra de véhiculer l’information en transformant votre téléphone en émetteur radio ondes longues. Nous pourrions donc capter vos téléphones et recevoir vos documents en temps réel avec ou sans réseau GSM.

C’est de l’électronique de niveau de classe terminale. Donc, rien de bien exceptionnel.

Si le Peuple veut que le Président actuel reste au Pouvoir, qu’il prenne clairement position et que cela soit dit par au moins 50% de la population, soit officiellement onze millions (11 000 000) d’électeurs ou, officieusement, quinze à dix-huit millions (15 000 000 à 18 000 000) d’électeurs. Ainsi, sauf mauvaise foi, personne ne se plaindra plus des mauvaises routes, des hôpitaux de la mort ou des facultés de médecine sans laboratoires, des salles de classe de 200 élèves ou en déchets de planches, du coût élevé de la vie, des lois liberticides, des commissariats crasseux, des familles de soldats et policiers abandonnées, de camps militaires délabrés, de tribunaux sales et mal éclairés, de juges frileux et stressés, de retraités maltraités, de délestages ou de la fourniture horoscopique d’électricité, d’une eau rouge à la disponibilité sporadique, de ministres de la République humiliés en mondovision, de corruption endémique, de députés et sénateurs inqualifiables capables de voter avec le même bonheur et le même pourcentage une loi et son contraire, etc.

Nous nous tairons et nous regarderons faire ce Gouvernement aussi longtemps que le Peuple lui apportera la légitimité populaire qui lui manque actuellement.

Mais ! si le Peuple est du même avis que moi ! si le Peuple veut que le changement que j’appelle arrive enfin ! Si le Peuple entend l’appel du destin que j’entends si fort en ce moment ! Si le Peuple voit comme moi que chaque chose a une fin mais que celle-ci n’arrive que lorsqu’on se lève pour instaurer un système nouveau avec des hommes nouveaux !

Voici venu le temps de nous lever, Citoyens, et de restaurer notre souveraineté, la souveraineté du Peuple. Cela se fera par trois choses : s’inscrire sur les listes électorales, voter et contrôler son vote contre un système qui n’a jamais su ni voulu servir le Peuple.

Ma mère m’a dit un jour : « Les sujets subissent des tyrans ou des ténèbres, les citoyens bâtissent des nations et éclairent le monde». Camerounais, démarrons une nouvelle ère, une ère de lumière dont les constructions éclipseront mêmes les rêves les plus fous de Um Nyobe et de ses compagnons pour notre peuple. Nous sommes capables de donner au monde, même à ceux qui ont massacrés nos ancêtres et fragilisés nos cultures, les fruits de ce talent inouï, incessible et flamboyant qu’est le génie magnifique et supérieur de nos terroirs, de nos femmes et de nos hommes.

Mais, surtout, pardonnons afin de ne point perdre notre temps mais de le consacrer à la construction de notre pays et de notre nation!

Il y a des moments dans la vie de son peuple où il faut savoir prendre clairement position et dire avec force l’un des mots qui font de nous des hommes et des patriotes : NON!

Quel que soit le temps que le Bon Dieu vous a permis d’être à la tête de la Nation, il vous a mis là dans un but précis, aussi certainement qu’il a créé le monde. Et ce but était de vous tailler une place dans l’Histoire, si toutefois vous en eussiez eu envie. Mais il est manifestement trop tard pour cela. Heureusement, Dieu offre toujours une dernière chance : pour vous, Monsieur le Président, c’est de partir dignement et donner une leçon de courage politique et de patriotisme à votre génération, à celle de vos lieutenants et à la postérité. Cette leçon est simple : ne jamais se faire rejeter, renier ou vomir ouvertement par le Peuple, c’est pour les perdants-nés et les mauviettes.

L’homme élégant, fier et raffiné s’en va avant l’explosion de colère de la compagne déçue et révoltée qui le repousse. C’est cela être un Prince.

Elolombi vous bénisse ! Elolombi bénisse le Cameroun !


monsieur-des-drapeaux.com)/n
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