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Trafic des enfants: Le silence complice de la société et l’administration

Face à un phénomène qui prend de l’ampleur, les autorités n’interviennent que très mollement, au niveau local

Une enquête ouverte dans le nord-ouest
Les autorités camerounaises qui jusque-là ne se prononçaient pas sur la question semblent très préoccupées par la situation des enfants de la région Nord-ouest du cameroun, qui sont victimes d’un gros trafic. Le gouverneur, Abakar Ahamat, la plus haute autorité de la région, a affirmé avoir ouvert une enquête sur le sujet. Selon ses déclarations plusieurs de ces enquêtes n’aboutissent à rien en raison de la complicité de certains parents qui continuent de voir dans le fait de remettre leurs enfants à des proches une chose positive pour leur épanouissement. Entre les mois de janvier et de juin de cette année, seulement 4 cas de trafic ont été effectivement portés à la connaissance de la commission d’enquête. L’un des cas qui m’a été rapporté est celui d’une femme qui a emmené des filles bororo faire la prostitution à Douala. Celles-ci travaillent et la femme touche de l’argent sur leur dos, nous avons même appris qu’une des filles est tombée enceinte et aurait eu son enfant, nous enquêtons encore sur cette affaire, a déclaré Ahmat Abakar à des médias locaux. Selon certains observateurs, la complexité de ce trafic réside dans le fait qu’il s’organise à travers un réseau qui associe des parents qui cèdent leurs enfants pour des sommes dérisoires, à des intermédiaires chargés de convoyer les enfants et de les placer auprès d’employeurs qui utilisent ainsi leur force de travail. Les employeurs versent en retour de l’argent dont l’essentiel est partagé entre l’intermédiaire et les parents.

Des lois existent pourtant
Depuis quelques semaines, une campagne de dénonciation a été lancée dans les médias officiels avec l’appui de certaines organisations non gouvernementales locales. Le phénomène n’est pourtant pas une nouveauté pour les autorités camerounaises. En 2005 déjà, prenant conscience du fait que les dispositions législatives dont s’est doté le Cameroun pour combattre «cette nouvelle forme de criminalité» n’étaient pas encore rigoureusement dissuasives, le pays s’était joint aux efforts engagés par les autres Etats d’Afrique de l’Ouest et du Centre, où le trafic des enfants est là aussi jugé préoccupant. Une rencontre qui s’était achevée sur une série de recommandations pour faire reculer le phénomène. Il y avait entre autre le renforcement de l’échange des informations de police entre les services chargés de l’application de la loi, la mise en place d’un fonds de soutien aux actions de réhabilitation et de réinsertion des enfants victimes de la traite, l’élaboration, l’adoption et la mise en application d’une loi spécifique sur la traite et la circulation des enfants à l’intérieur et à l’extérieur de leurs pays ou encore l’organisation d’opérations de police en collaboration avec tous les bureaux centraux nationaux Interpol. Egalement retenus la mise en service effective d’un numéro de téléphone vert au niveau de chaque Etat à l’usage du public dans le but de dénoncer tout acte présumé de traite et d’exploitation d’enfants, l’intégration dans les programmes de formation des forces de l’ordre de la question relative à la traite et à l’exploitation des enfants, la création d’unités spécialisées dans la prévention et la répression de la traite des enfants.

Démission de l’Etat et complicité de la société
Aucune de ces mesures ne semble efficace aujourd’hui et le gouvernement tout comme le parlement semblent ne pas vouloir aborder le sujet. Dans la ville de Yaoundé la capitale camerounaise, on retrouve dans plusieurs boutiques gérés par des anglophones, des jeunes parfois âgés de moins de 18 ans, qui sont impliqués dans des taches, sans statuts. Plus flagrant, les rues de Yaoundé et de Douala, offrent en permanence le spectacle d’enfants abordant les voitures avec des friandises et autres produits de consommation directe parfois fabriqués par des entreprises à la réputation établie. Pour les observateurs, le vrai problème réside dans le fait que le trafic des enfants est une pratique qui ne semble pas identifiée comme un délit au Cameroun. Il se construit sur la pauvreté et sur la détresse des familles, mais aussi à l’incapacité et la démission de l’Etat, face à ses missions de protection des enfants et de la jeunesse. Le développement des villes et de la scolarisation a donné un nouveau visage au phénomène. Les établissements scolaires, notamment ceux de l’enseignement secondaire, étant implantés pour la plupart dans les villes, les populations rurales confient leurs enfants à leurs parents qui vivent en zone urbaine, stratégie qui facilite à ces jeunes l’accès aux collèges, aux lycées et aux apprentissages de métiers autres que l’agriculture et l’élevage. Les deux cas de figure existent encore. Quand les liens sont très forts entre les membres du ménage de départ et celui d’accueil de l’enfant, la prise en charge est totale dans sa nouvelle famille. Quand ils sont plus lâches, elle est plus souvent partielle, se résumant parfois au toit et à la table, les frais scolaires, de transport et de santé étant attendus de sa famille nucléaire. Il peut arriver qu’un pareil enfant soit plus sollicité pour les travaux ménagers par exemple. Ceci est cependant ressenti comme un abus et ne remet pas en question son statut par rapport aux enfants du chef de ménage.

Image d’illustration
Journalducameroun.com)/n
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