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Transmission des savoirs au Cameroun: diplômés locaux et étrangers échangent

A cause de l’inadéquation entre l’offre de formation et les besoins du marché de l’emploi, beaucoup de diplômés camerounais ne trouvent pas d’emploi

Evrard Manga est un commerçant ambulant. Il prend des chaussures à crédit dans un magasin et se place sur la route pour les vendre. Pourtant, il assure être un diplômé de l’enseignement supérieur.

« J’ai un Baccalauréat +5 en géographie. J’ai obtenu mon diplôme depuis 2006 mais je n’ai jamais pu trouver du travail malgré mes multiples demandes d’emploi », explique-t-il. « Chaque fois que je postulais pour un emploi, on me demandait ce que je voulais faire avec un diplôme de géographie. Et moi je répondais, pourquoi avoir ouvert cette filière à l’université si on n’a pas besoin de géographe », ajoute Manga.

Comme Evrard Manga, beaucoup de jeunes diplômés camerounais ne trouvent pas d’emploi ou sont en sous-emploi du fait de l’inadéquation entre l’offre de formation et les besoins du marché de l’emploi. L’enquête la plus récente portant sur l’emploi des jeunes, réalisée par l’Institut national de la statistique du Cameroun, révèle que le taux de chômage global des jeunes est de 13%.

Ce chiffre est de 30 % à Yaoundé la capitale du Cameroun et de 22 % à Douala, la deuxième plus grande ville du pays.

Face à cette inadéquation entre la formation et le marché de l’emploi, les employeurs s’adaptent comme ils peuvent. Beaucoup de diplômés formés à l’étranger choisissent de transmettre leurs connaissances aux jeunes locaux. C’est ce que fait Christian Yves Fongang, le patron de SDK, une entreprise de conception de jeux vidéo. Il a été formé en Afrique du Sud et a récemment ouvert son entreprise à Yaoundé, la capitale du Cameroun.

« Lorsqu’on a voulu créer la structure, il a fallu qu’on aille à la source, dans les universités, prendre les jeunes qui n’avaient pas encore connu le monde de l’emploi et les former avant de les employer. La véritable difficulté est de trouver des gens qualifiés », explique Fongang.

A SDK, sept jeunes stagiaires travaillent en permanence sur des projets de création de jeux vidéo. Parmi eux se trouve Yvon Arnaud Takou, un diplômé en informatique âgé de 25 ans.

« Je n’avais pas fait de jeux avant d’arriver à SDK. Mais plutôt un peu de réalité virtuelle et de modélisation 3D. Généralement, à l’école, on développait. Mais sachant que ça restait académique, on ne mettait pas de rigueur professionnelle dans ce qu’on faisait. Mais une fois arrivé à SDK j’ai appris à faire un travail qui va être utilisé, qui va être livré pour des clients bien précis. Donc j’ai appris l’exigence du professionnel », confie Takou, rencontré à Yaoundé.

Avant d’être repéré par l’entreprise SDK, le jeune Takou avait pensé à aller dans des universités étrangères faute de trouver une formation adéquate au Cameroun. « Après ma Licence professionnelle, j’ai bien voulu aller à l’étranger pour continuer ma formation. J’ai eu des inscriptions, mais les finances n’ont pas suivi. J’ai postulé à beaucoup d’offres de bourse qui n’ont pas abouti. C’est vrai que j’ai vraiment pensé sortir du pays pour professionnaliser ma formation », dit-il.

Serge-Aimé Kontchou est un chef d’entreprise formé en Allemagne. Il est revenu au Cameroun il y a trois ans pour créer sa société de fabrication de tôles en aluminium.

« Face au manque de compétences dans le domaine de la soudure industrielle, j’ai pensé à faire venir un expert d’Allemagne. Finalement, j’ai choisi de former des jeunes sur le tas. Pendant trois mois je leur ai montré les fondamentaux et ils ont vite assimilé », explique Kontchou.

Gilles Mbianda lui, a dû former les 10 jeunes de sa société aux techniques de marketing telles que lui-même les a apprises aux Etats-Unis.

« Il y a trop de filières littéraires, inutiles dans nos universités. Pourtant, nous avons besoin de plus de spécialistes, de gens issus de filières scientifiques et technologiques, qui ont un savoir-faire », explique Mbianda à. « Nous recevons tous les jours des dizaines de curriculum vitae de personnes diplômées mais sans compétences. C’est ce qui m’a déterminé à former des jeunes dans mon entreprise. »

« Lors de la dernière enquête sur l’emploi, réalisée en 2014, le manque de qualifications faisait partie des contraintes identifiées à la création d’emploi dans l’industrie chimique et métallurgique, les infrastructures, les travaux publics mais aussi la finance et les télécommunications », révèle un article de la Banque Mondiale publié en 2015.

Le gouvernement est conscient de cette inadéquation entre la formation et les besoins du marché de l’emploi. En décembre dernier, lors de la présentation des actions du gouvernement pour l’année 2016, le Premier Ministre a déclaré que « le gouvernement entend poursuivre et parachever le développement des infrastructures dans les établissements technologiques et professionnels. L’objectif ultime, à l’horizon 2020, est de passer de 20% à 25% d’étudiants inscrits dans les filières professionnelles », a-t-il dit.


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