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Trois tonnes d’écailles de pangolin incinérées au Cameroun

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Ce produit de braconnage a été brulé à Yaoundé vendredi, lors d’une cérémonie publique à la quelle prenait part le ministre de la Forêt et de la Faune

Un stock de plus de trois tonnes d’écailles de pangolin saisi aux mains de trafiquants dans le cadre de la lutte anti-braconnage a été incinéré lors d’une cérémonie publique tenue vendredi, 17 février 2017, à Yaoundé, en présence du ministre des Forêts et de la Faune, Ngole Philip Ngwese, et de nombreux invités comprenant des représentants du corps diplomatique.

« C’est une partie d’un stock constitué d’un total de 8.134 kilogrammes d’écailles de pangolins saisi à ce jour, dont 5.040 kilogrammes sous scellé judiciaire à Douala, la métropole économique du Cameroun« , a indiqué le ministre, faisant part d’un signal fort des autorités camerounaises pour permettre d’endiguer un trafic alarmant d’une espèce animale protégée et interdite au commerce.

Une cargaison d’environ 700 kilogrammes d’écailles de pangolin provient d’une saisie opérée en décembre à l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen, par des unités de la cellule aéroportuaire anti-trafic créée par le gouvernement et composée des services de l’administration des douanes et ceux du ministère des Forêts et de la Faune dans le cadre de cette lutte, a-t-on appris.

« Initialement, la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (Cites) classait le pangolin géant à catégorie A, c’est-à-dire insusceptible de commerce. Récemment en Afrique du Sud, la Conférence des parties a décidé de classer toutes les espèces en catégorie A. Donc dorénavant, aucune espèce de pangolin ne peut être chassée ni vendue« , a souligné M. Ngwese.

Cette interdiction fait suite à un constat selon lequel les pangolins font partie des mammifères les plus braconnés dans le monde, au profit, d’une part, d’une demande locale et régionale en matière de viande de brousse, et d’autre part, d’un commerce international illégal florissant qui implique autant les animaux vivants que les écailles.

Sur les huit espèces recensées dans le monde, le Cameroun en abrite trois : le pangolin géant, le pangolin à longue queue et le pangolin nain ou à ventre blanc. Le ministre des Forêts et de la Faune rapporte qu’en 2013 son attention a été attirée par un nombre de plus en plus croissant de demandes d’autorisations d’exportation.  « Ce qui traduit une forte pression sur cet animal« , a-t-il dit.

Entre cette période et 2016, une dizaine de saisies ont été opérées, pour un total de plus de 17 tonnes, selon les estimations. « En ce moment même une autre saisie est en train d’être menée, je ne peux pas vous donner de détails« , a révélé à Xinhua le lieutenant des douanes Francis Noël Wara W., chef de la cellule aéroportuaire anti-trafic, à l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen.

« Les destinations, c’est généralement l’Asie et particulièrement la Malaisie« , a-t-il expliqué. Le mode opératoire utilisé par les trafiquants est comparable à celui connu pour les trafics de drogues. « Certains vont avec de petites quantités, ils vont les transformer sous forme de poudre qui sera dissimulée dans des boîtes de lait ou bien dans des paquets de nourriture« .

« Pour ce qui est de la cargaison de 700 kilogrammes qui a été saisie le 12 décembre, ils avaient fait une fausse déclaration comme étant de la nourriture. Ça partait pour la Malaisie« , a précisé l’officier des douanes qui avec son équipe ont reçu les encouragements du ministre des Forêts et de la Faune.

Selon Bertrand Lipot, agent technique des eaux et forêts en service au poste forestier de contrôle et de chasse dans le même aéroport, l’origine de ce trafic fait intervenir des réseaux de fournisseurs tant camerounais que transnationaux.

« Pour avoir cette grande quantité d’écailles de pangolins, ce n’est pas évident qu’on prenne tout cela uniquement dans le pays. Du coup, ils se regroupent pour avoir des renforts dans la sous-région, à savoir la Guinée équatoriale, le Gabon et le Congo« , a-t-il expliqué à Xinhua.

La ville de Yaoundé et l’ensemble de la région du Centre sont réputés être un important couloir de ce braconnage de ressources issues d’autres régions du pays d’Afrique centrale.

Présent à la cérémonie, le directeur national de Worldwide Fund for Nature (WWF) ou Fonds mondial pour la nature, Hanson Njiforti, a reconnu que c’est un combat de longue haleine.  « Tous ces problèmes proviennent de ce que l’exploitation n’est pas durable. L’exploitation durable signifie qu’on doit manger aujourd’hui en pensant à demain. On ne doit pas tout manger le même jour« , a-t-il cependant observé à Xinhua.

La cérémonie d’incinération de plus de trois tonnes, a estimé M. Njiforti, montre la détermination du gouvernement camerounais de lutter contre le commerce illégal de pangolins et tire la sonnette d’alarme aux trafiquants : « Si quelqu’un a déjà dépensé peut-être trois ou quatre millions pour acheter des écailles et on a saisi, peut-être qu’il va changer de stratégie, mais il va réfléchir deux fois. »

Selon le ministre des Forêts et de la Faune en effet, l’objectif de réaffirmer la détermination du gouvernement de combattre un fléau qui « prend des proportions de plus en plus inquiétantes. Il s’agit en deuxième lieu de mettre ces produits saisis hors de portée de toute forme de convoitises (…) et en troisième lieu encourager tous les personnels, tous corps confondus, qui nous permis d’opérer ces saisies« .

La tâche est cependant loin d’être aisée. Les services de ce ministère souffrent d’une insuffisance criante de personnel et d’équipements. « Nous sommes obligés à faire recours à certains informateurs sur le terrain et cela demande beaucoup de moyens financiers pour avoir de bonnes informations« , a fait savoir M. Lipot.

Une association de jeunes s’est formée et s’active pour faire entendre sa voix pour accompagner ces efforts, par des actions de sensibilisation.

Le pouvoir camerounais est aussi engagé dans la lutte contre le braconnage touchant les éléphants et le commerce illégal d’ivoire, autre source de préoccupation pour la préservation et la conservation de la biodiversité.

En avril 2016, il avait profité d’une visite à Yaoundé de Samantha Power, alors ambassadrice des Etats-Unis auprès de l’Onu et émissaire spécial du président Barack Obama pour la lutte contre Boko Haram, pour incinérer un important stock de trompes saisi aux mains de trafiquants et chez des artisans spécialisés dans sa transformation.

 


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