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Tunisie: Nabil Karoui, figure controversée des médias à l’assaut de la présidence

Homme d’affaires et des médias tunisien, Nabil Karoui, qui assure s’être qualifié au second tour de la présidentielle, est une personnalité controversée, longtemps proche du pouvoir avant de se placer comme un candidat opposé à l’élite politique en place.

Aucun paradoxe ne l’effraie: inculpé en juillet pour blanchiment d’argent et évasion fiscale, ce publicitaire a mené campagne en se présentant comme le candidat des plus démunis.

Son interpellation le 23 août, à dix jours du début de la campagne, n’aura pas stoppé son ascension, au contraire.

Depuis son incarcération, Nabil Karoui, à la tête d’un nouveau parti –« Qalb Tounes » (« Au coeur de la Tunisie »)–, a fait étalage de sa pugnacité coutumière, en brocardant une « tentative de coup d’Etat », et se présentant comme un « prisonnier politique », en grève de la faim depuis jeudi.

Agé de 56 ans, cet ancien commercial pour les marques Colgate et Palmolive –selon sa biographie officielle– est un habitué des combats. De multiples procédures ont été ouvertes ces derniers années contre cet ex proche du pouvoir, ou contre la chaîne qu’il a fondée, Nessma, qui émet sans licence. En retour, il a accusé le gouvernement d’instrumentaliser la justice pour l’écarter de la course au pouvoir.

Il est marié à Salwa Smaoui, cadre chez Microsoft, qui a quitté temporairement son emploi pour asssurer la campagne de son époux.

– Dénigrement contre une ONG –

Natif de Bizerte (nord), Nabil Karoui lance en 2002 avec son frère Ghazi, un groupe de médias et de publicité « Karoui et Karoui ».

Après la révolution de 2011, Nessma, jusque là essentiellement cantonnée au divertissement et à la téléréalité, se tourne vers l’information en dialecte tunisien. Elle devient alors l’une des principales chaînes privées du pays.

M. Karoui et Nessma font notamment parler d’eux en diffusant le film franco-iranien Persepolis, polémique en raison d’une représentation de Dieu interdite en islam: la chaîne écope d’une amende et fait l’objet d’attaques.

Critiqué par des observateurs internationaux pour avoir mis son média au service du candidat Béji Caïd Essebsi en 2014, Nabil Karoui finit par quitter –officiellement– la direction de Nessma. La loi l’y oblige depuis qu’il s’est lancé ouvertement en politique, rejoignant le parti présidentiel Nidaa Tounes en 2016.

Nessma est pointée du doigt pour son manque de transparence sur son capital –détenu en partie par l’ex Premier ministre italien Silvio Berlusconi selon Reporters sans Frontières. Elle finit par être interdite de diffusion en octobre 2018 par le régulateur de l’audiovisuel tunisien.

Mais Nessma TV n’obtempère pas, et Nabil Karoui y déclare sa candidature à la présidentielle fin mai. Depuis, la chaîne mène campagne tambour battant pour son fondateur.

En 2017, la fuite d’un enregistrement attribué à M. Karoui, dans lequel il planifiait une campagne de diffamation contre l’ONG anti-corruption I-Watch, avait contribué à jeter le trouble sur l’homme d’affaires. C’est un dossier déposé par cette ONG qui a entraîné son inculpation.

A ce jour, les avoirs de Nabil Karoui restent gelés et il lui est interdit de voyager.

– Mère Teresa et Abbé Pierre –

Ces trois dernières années, M. Karoui s’est patiemment construit une notoriété en distribuant électroménager et biens divers aux quatre coins du pays sous l’œil des caméras de Nessma.

La chaîne diffuse quotidiennement « Khalil Tounes », émission caritative en mémoire du fils de Nabil Karoui, Khalil, mort dans un accident de voiture en 2016.

On y voit le magnat des médias, cheveux poivre et sel, traits fins, habits griffés et style branché, sillonner le pays comme aucun politicien ne l’avait fait, en écoutant les doléances des plus démunis.

« +Khalil Tounes+ m’a permis de me rapprocher des gens, de réaliser les énormes problèmes sociaux dans le pays. Le contact direct avec les gens m’a beaucoup touché », avait-il déclaré à l’AFP peu après sa candidature.

Il n’hésite pas à se comparer à Mère Teresa ou l’Abbé Pierre.

« Il a vu qu’à travers la télévision et les actions de charité il peut entrer dans chaque foyer marginalisé », avance Alaa Talbi, président du Forum tunisien des droits économique et sociaux (FTDES), selon qui il a « comblé un vide ».



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