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Un lecteur parle de Michael Jackson

« Et si son seul tort était d’avoir atteint cette excellence à laquelle il était d’emblée exclu par un système? »

Mardi soir encore, devant les écrans de télévision pour certains, l’émotion, la tristesse et la douleur sont allées encore plus loin dans la conscience planétaire face à l’hommage rendu à Michael Jackson au Staples Center. Sentiments et émotions qui nous habitaient déjà dès l’annonce le 24 juin dernier de la mort de celui qui, comme nul autre artiste, aura marqué son siècle tant par son génie pour la majorité que par ses frasques pour une insignifiante partie. Mais pour de nombreuses personnes, à sa façon, comme MLK ou Rosa Parks, Michael Jackson aura contribué à briser certaines épaisseurs, à défoncer certaines barricades et à ouvrir des portes qu’un système avait pris la peine de fermer au nom de la supériorité des races. MTV qui ne voulait pas de noirs était contraint d’ouvrir ses portes à « Beat It » et par la suite aux autres noirs pour ne citer que cet exemple là.

Ces émotions, cette tristesse, cette douleur que de milliers de personnes ont ressenties pour celui qui par sa musique, ses actes a, le mieux, su réaliser les propos de MLK, lanceront-elles le signal à partir duquel de nouvelles façons de s’affronter tout en se respectant donneront un autre sens à la vie commune? Il n’en est pas bien sûr.
Ses actes le placent également au sommet de ce qu’il a réalisé avec sa musique. On ne le dit jamais assez, mais Michael Jackson a uvré pour la famine, l’enfance, l’environnement bref pour l’humanité de manière concrète, là ou politiciens de tous bords et autres illusionnistes pérorent et brillent par des formules creuses et vaseuses.

L’acharnement de cette même insignifiante partie de la population représentée par certains médias et politiques sur un « mort » prouve en effet que la société, toujours prompte à s’approprier les belles « histoires », de se sentir responsable des « rêves » est tout aussi incapable de se montrer responsable et de s’approprier les « cauchemars » qu’elle engendre pourtant. Aimé Césaire disait à ce propos : « une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde ». Moribonde parce qu’elle se refuse à faire une introspection de ses propres agissements et ruse en refusant d’assumer ses nombreuses et gravissimes fautes. Elle accable, elle s’acharne, prédatrice, elle se rue sur sa proie et l’extermine.

Et si finalement le tort de Michael Jackson aura été de ne pas être là où on l’attendait. C’est-à-dire refuser de pactiser avec la médiocrité, seul référentiel admis aux gens de sa condition. On n’attendait pas de lui comme de tous les noirs généralement, qu’il aspire à l’excellence dans ces sociétés qui définissaient et définissent encore et toujours dès la naissance les destinés selon que l’on est du bon ou du mauvais côté à partir des critères préétablis. En réécrivant, en redéfinissant tous les codes dans lesquels le noir devrait forcément se reconnaître parce que voulus par le système, il enfreignait la loi établie et le sort ne pouvait être que celui de la calomnie, de l’humiliation, de la mort. Martin Luther King qui était pourtant non-violent et qu’on ne soupçonne même pas d’avoir « violé » un enfant a-t-il connu meilleur sort? Non ! Son tort était d’avoir montré au système l’une de ses plaies, la culture de la haine et de lui avoir intimé qu’une autre façon de concevoir les rapports humains est possible. Discours ou propos repris à son compte par Michael Jackson aussi.

Allons enquiquiner les certitudes de ces hitlériens de la pensée, de ces disciples de Gobineau et consorts qui prennent la bible à témoin ce, même dans leurs constitutions ou leurs institutions juridiques car se revendiquant dignes héritiers. La tradition biblique n’apprend-elle pas aux humains que nous sommes que la paix, l’amour entre les peuples, valeurs que nous prétendons poursuivre étaient incarnées en Jésus Christ ? Pourquoi donc, si ces valeurs sont les nôtres ou du moins sont celles auxquelles nous croyons, l’a-t-on tué ? N’est-ce pas parce les siennes allaient à l’encontre des iniquités et de la haine qui sont en réalité ces valeurs qui nous motivent et qui nous permettent de systématiquement éliminer ceux qui prônent le contraire ? N’est-ce pas parce qu’il montrait à ce système là, sa belle hideur ?

On pourrait ainsi multiplier des exemples et aussi on trouvera que le propos est exagéré. Mais Albert Memmi le dit si bien : « On dit toujours que quelqu’un exagère quand il décrit une injustice à des gens qui ne veulent pas en entendre parler ».

Michael n’a jamais cessé de rêver et c’est ce rêve qui a changé le monde… Il a ouvert le monde entier, le monde de la musique, il a mis un gant, a remonté son pantalon et ouvert le rideau.. C’est Michael Jackson qui nous a fait chanter  » We are the World » et qui a lutté contre la faim… Parce que Michael Jackson a continué à avancer… grâce à lui tous ceux qui se sentaient isolés aux quatre coins du monde se sont connectés… Michael s’est toujours relevé Michael ne s’est jamais arrêté…
Al Sharpton pendant son homélie

Nous avons envie de rajouter à cette belle démonstration du révérend Al Sharpton que Michael Jackson a, en plus de rêver, matérialisé, rendu réalité les propos que bien avant lui, prononçait le révérend Martin Luther King ; car excellent dans son travail il a été et réunificateur il l’aura tout autant été. Qu’est-ce que donc quelques baves et salves haineuses peuvent-elles contre tant d’amour témoigné à cet enfant béni dont la grâce, le génie, l’intelligence ne répondaient ni de la seule volonté ou encore de la seule parole de l’humain ou de quelconque système aussi inique ou juste soit-il car n’émanant pas de lui ? Rien !

A-t-on encore le droit de s’étonner ou de s’emporter lorsqu’après lecture des écritures dites saintes, de voir qu’un simple homme finalement est persécuté pour ce qu’il représente quand nous savons que la calomnie et l’humiliation furent avant sa mort, le quotidien du Christ? Les chrétiens et ceux qui se revendiquant tels peuvent mieux que quiconque répondre à cette interrogation.

Peter King, un élu de New-York au congrès américain déclare je cite :  » Michael Jackson était un pervers, quelqu’un qui abusait des enfants, un pédophile. Et lui donner une telle couverture en dit long sur notre pays. Je pense que nous étions trop politiquement corrects ». C’est le cri du désespoir d’une haine qui peine à se contenir. On a simplement envie de poser la question suivante : L’apolitiquement correct ou le politiquement incorrect serait donc de ne plus tenir compte des jugements de justice ? Ou alors de monter à nouveau des escadrons de KKK pour produire à nouveau « the strange fruit » comme le chantait Billie Holiday la première fois au café society à New York ? Tenez donc !

Cette salve aurait eu un peu de poids, si la société à laquelle appartient le sieur Peter King n’avait pas montré l’objectif de la cabale, de l’acharnement sur Michael Jackson : sa cupidité sans bornes; celle qui va jusqu’à monnayer l’honneur d’un enfant dit-on, abusé par un pédophile. Est-ce le sort de tous les pédophiles que d’être en liberté dans votre société monsieur Peter King même avec une culpabilité avérée comme vous le dites ? Peter King a oublié que dans son paradigme l’argent est bien au dessus de l’honneur. Celui-ci se lave très rapidement avec quelques millions de dollars. Auriez-vous pris une poignée de dollars pour laver l’affront subi, si cela avait été votre fils ? Un tel manque d’élégance qui symétriquement montre la pusillanimité du personnage ne contribue qu’à renforcer la dérive d’une société que James Baldwin qualifiait à juste titre «d’insondable cruauté » et met en évidence la mince épaisseur qui entretient le vivre-ensemble.

Tout cet acharnement n’aura au bout du compte pas raison de l’amour indéfectible que Michael Jackson aura crée, suscité entre les individus malgré les barrières et frontières que ces hitlériens de la pensée, ces adeptes de Louis Agassiz et autres affabulateurs ont érigées et tentent d’imposer à coups de mensonges. Et s’il réside encore un semblant, un ersatz de dignité en la société, il est temps de le prouver en se terrant dans le silence car votre silence aurait été plus craint que vos injures ainsi le rappelait Jean Racine.
Michael Jackson n’aura été finalement accepté par ce système que par sa capacité à remplir les poches des vautours qui lui crachent aujourd’hui dessus et non pour ce qu’il a été c’est-à-dire un Homme comme vous et moi avec ce génie en plus qui le plaçait au-dessus et l’a amené à swinguer avec l’excellence.

A mon tour de te dire Thank you Mike !

Michael Jackson
Journalducameroun.com)/n
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