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Un lecteur réagit au débat sur l’identité nationale en France

« Avez-vous des doutes là dessus M. Eric Besson? »

Mais qu’est ce qui peut donc pousser un ministre en charge de l’identité nationale d’un pays à une justification plus ou moins hasardeuse mais combien révélatrice comme vient de le faire Éric Besson, ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale, le 8 mai à l’Assemblée nationale de son pays en déclarant « La France n’est pas un pays raciste, mais elle cultive encore trop l’entre-soi ». Telle est la première réaction que déclenche ce propos. On a d’emblée envie de dire une déclaration à la « française » ce avant de chercher à comprendre si le ministre Éric Besson ne serait-il pas en proie à un subit doute quant au « non racisme français » qu’il clame en plein débat sur l’identité nationale.

Une telle déclaration ne serait pas possible si l’existence même du ministère dont il a la charge ne constituait déjà pas en soi un certain « délit de faciès » que l’on observe quotidiennement dans l’hexagone. Délit auquel plusieurs éléments viennent se greffer pour montrer l’inexactitude des propos du ministre Éric Besson et mettre au grand jour le mal-être d’une nation qui commence à subir les effets d’une politique de mépris culturel, de mépris de tout ce qui ne lui ressemble pas, sur laquelle elle a basé son rapport avec les autres dont l’africain en particulier.

Le débat sur l’identité nationale qui agite une certaine classe de la population française, véritable écran de fumée pour distraire la population en proie à des préoccupations plus pressantes du quotidien et soucieuse de s’en sortir est, qu’on le veuille ou pas, un retour de bâton de la ruse française; celle qui a consisté jusqu’à ce jour, à « jongler » avec les principes en méprisant les autres cultures pendant que l’on proclame les grands principes moraux et humanisants. Il pose en réalité le problème de la décadence d’une nation qui n’a pas su voir venir le retour du pendule, engluée dans sa prétention de supériorité..

Comment ne pas y voir la marque d’une mauvaise foi caractérisée ou alors d’une certaine non connaissance de son histoire face à une telle déclaration que le quotidien de plusieurs milliers d’individus « issus de » met à mal tant le racisme à la française n’est un secret pour personne ? Conscient du fait que l’incurie de monsieur Eric Besson en matière d’histoire est plus difficile à faire, il semble indiqué que la condescendance qui habite le français dès lors qu’il se pose ou s’oppose à autre chose qui ne soit pas français, soit l’argument qui motive davantage une telle sortie.

Comment ne pas y voir, l’idée chère à la France et à son président actuel: l’apologie de la colonisation et de l’esclavage dont on sait que les plus farouches défenseurs viennent de France. Se refusant à assumer son passé esclavagiste et même colonialiste dont meurtrier, la France n’a jusqu’ici défendu qu’une lecture monolithique et hagiographe de son passé des lors qu’il s’agit de la question de l’esclavage et de la colonisation; attitude qui contraste avec celle des autres nations européennes ou occidentales qui, assument ce passé et en tirent des conséquences allant à présenter des excuses. Cette position française, que la France elle-même qualifie très souvent dans ces cas de figure où elle se démarque de: « exception française » est aussi plus souvent son indécrottable condescendance.

Éric Besson, sans le dire, vient de grossir la longue liste des déclarés et non complexés hagiographes et apologues du colonialisme et de l’esclavage en niant une évidence. Il y a quelques mois, un documentaire de Canal plus « Dans la peau d’un noir», pour ne citer que lui, mettait à nu la pratique du sport national qu’est la négrophobie ou le racisme « anti-noir » en France. A moins que le ministre Besson n’en ait pas été informé, auquel cas, il faudrait lui fournir la cassette pour qu’il ne se couvre plus de tant d’ignominie avec une telle déclaration.
Doit-on rappeler à monsieur Éric Besson que « le code noir » est une invention purement franco-française dans lequel on apprécie dans sa splendeur la pratique du racisme dans le pays de Gobineau ou Holevacque pour ne citer que ces deux pontes de la négation de l’homme dit « noir » en France ? Et même si ce code n’est plus utilisé, il inspire encore les familles et mêmes les institutions de ce pays.

Si d’aventure la réduction des heures d’histoire en classe de Terminale S est acquise, il faudrait peut-être mettre à profit celles-ci en les allouant aux ministres pour des cours d’histoire, car visiblement ils peuvent en avoir besoin eux aussi. Le seul point de convergence avec le propos de monsieur Éric Besson serait en effet que la France n’est pas raciste. Mais ce préalable débouche lui sur une autre interrogation et pas des moindres: Si la France n’est pas un pays raciste, qui cultive un peu trop l’entre-soi, alors les français eux le sont-ils ?
Et l’entre-soi dont parle le ministre français n’est-il pas ce communautarisme que les français voient un peu trop bien chez les autres que chez eux ? Ah ! La force des mots.

Et si Aimé Césaire avait déjà livré la solution lorsqu’il affirmait: « Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente.
Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte. Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde. Cette France (1) là est impuissante à se justifier et que, de plus en plus, elle se réfugie dans une hypocrisie d’autant plus odieuse qu’elle a de moins en moins de chance de tromper (.) La France est indéfendable ».


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