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Un lecteur réagit sur le choix des manuels scolaires au Cameroun

«Une question autour du sport préféré de l’Afrique francophone: L’aliénation culturelle»

Pendant que dans l’empire, on se refuse à enseigner l’esclavage quand on ne le nie pas ; on fait l’apologie de la colonisation en lui trouvant des vertus ; dans la colonie, on est encore à la pratique de l’exercice prisé, hérité de nos « ancêtres » : Se battre pour la défense de l’aliénation culturelle. Une, parmi les nombreuses réussites de l’ uvre coloniale française en Afrique. Ainsi doit être comprise la cacophonie qui aujourd’hui règne au Cameroun autour de l’annonce par la circulaire du ministre des enseignements secondaires, du retrait au programme des uvres littéraires de « allicools », attribué à Guillaume Apollinaire et inscrit au programme des classes de Terminale, ainsi que « Le Secrétaire Intime » de George Sand, inscrit au programme de Première. Des uvres dont les seuls titres laissent entrevoir la vacuité dans l’édification morale et intellectuelle des élèves.

Au-delà du timing de ce retrait qui effectivement déstabilise la préparation des élèves aux examens et démontre la capacité d’improvisation dans les prises de décision pour des sujets qui engagent des destins parmi lesquels celui de la nation ; c’est la question d’une part, de la pertinence des choix dans tous les secteurs de la vie de nos pays et en l’espèce de l’éducation qui est posée ; et d’autre part, celle de la valorisation de nos valeurs qui s’y glisse logiquement.

C’est à croire, au grief exposé « de nombreuses et sérieuses réserves formulées tout à la fois par le personnel enseignant et par le personnel d’encadrement et de suivi pédagogique » que les autorités en la matière ne vérifient même pas le contenu des uvres qui seront mises au programme et soumises aux élèves. Une réflexion qui devait se tenir en amont se transforme en une improvisation, un pis-aller qui, à en croire de nombreux témoignages, est la marque de fabrique de ceux et celles en charge des décisions dans certaines administrations africaines francophones.

Quelle éducation, quelle instruction continue t-on à distiller aux populations africaines 50 ans après les auto aliénations accompagnées et masquées sous la dénomination d’indépendance ? Voilà la question qui doit interpeller chacun de nous. A voir l’objet du délit qui secoue l’éducation nationale camerounaise, on ne peut qu’être triste du constat. Constat qui ne se limite pas qu’aux programmes scolaires, car il suffit de parcourir les rues de la seule ville de Douala pour se rendre compte de la profondeur du malaise. Des rues qui portent des noms de colons comme si le Cameroun et l’Afrique manquaient de héros à magnifier et à inscrire dans la conscience collective pour ainsi orienter les générations en quête d’identité.

Les Voltaire, Rousseau, Emile Zola et les autres ont-ils encore leur place dans nos lycées et collèges en lieu et place des Mongo Béti, Engelbert Mveng, Jean-Marc Ela, Aimé Césaire, Bernard Nanga, Achille Mbémbé et j’en passe. La réponse est non ! Si on se donne pour objectif de former des individus qui doivent d’abord se connaître avant d’aller connaître les autres. « Le connais-toi toi-même » doit être le leitmotiv de notre système d’éducation déjà déséquilibré par l’utilisation de la langue de l’étranger. Pourquoi s’en éloigner avec des auteurs dont l’ignorance de la réalité africaine est de l’ordre du pathologique lorsqu’elle ne répond pas au besoin idéologique des institutions telles que la Francophonie.

C’est en ce sens que l’existence de la francophonie et son rôle dans les pays africains est à interroger. A quoi sert réellement ce « machin » pour reprendre l’expression à l’autre quand il désignait l’Otan. Son but premier n’est-il pas de réunir sous sa bannière tous les pays d’expression française ? Est-ce un but dénué de toute idéologie ? J’aime à citer, pour cela, Mongo Béti, définissant celle-ci en ces termes: « La francophonie est une stratégie de contrôle de notre créativité et même de notre devenir« . Ce qui contrastait bien avec la rhétorique d’un Abdou Diouf qui, parlant du français affirmait : « Je ne dirais pas qu’il est menacé, parce que lors de mes voyages à travers le monde, je me rends compte qu’il y a une très grande demande de la langue française« . Un tel enthousiasme aurait été salué s’il était destiné à la promotion ne serait-ce que du wolof en dehors des frontières du Sénégal. Mais une fois de plus, nous africains sommes les meilleurs ambassadeurs des valeurs des autres, nous inscrivant dans la logique voulue par l’idéologie coloniale : le reniement de soi.

En quoi Guillaume Appolinaire, Georges Sand et bien d’autres auteurs français sont-il la réponse à la question d’identité du « devenir » à laquelle le Camerounais et partant l’Africain sont confrontées ? Question à laquelle, Cheikh Anta Diop, Mongo Béti, Kizerbo et les autres répondent avec succès et sans esprit idéologique aucun mais pourtant exclus volontairement ou non, indirectement ou non des programmes camerounais et africains comme Aimé Césaire le fût des programmes français parce que trop Nègre. Pourtant lui que Jospin définissait en ces termes «Aimé Césaire était fait d’un alliage rare. C’était un magnifique écrivain et un vrai politique. Un maître de notre langue et un poète de sa terre. Un être fier de sa singularité d’homme noir et un humaniste attaché à l’universel. Un combattant de l’anticolonialisme et un fidèle de la République».

A SAVOIR

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