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Une mairie française se mobilise pour un bébé camerounais sans papiers

La mairie de Saint-Christophe était bondée de monde samedi, 13 février 2016, pour le baptême de la petite Cathérine née le 12 janvier dernier à la maternité de Guéret

La petite commune de Saint-Christophe a souhaité accueillir symboliquement dans la République une petite fille née le 12 janvier à la maternité de Guéret. Catherine et Jacqueline, sa maman, peuvent être renvoyées au Cameroun d’un jour à l’autre. Pour ce baptême républicain, la mairie de Saint-Christophe était bondée, samedi.

L’histoire de Jacqueline Elogo n’est pas la plus tragique parmi la multitude de désespoirs qui déferlent actuellement sur l’Europe. Cette jeune Camerounaise de 32 ans ne demande d’ailleurs pas la protection de la France parce qu’elle fuit la guerre ou un régime qui la persécute. Elle souhaiterait juste vivre ici et y élever sa petite fille, âgée d’un mois.

Au Cameroun, rien ne les attend, si ce n’est l’opprobre et la mise au ban. « En tant que mère célibataire, qui plus est d’un enfant métisse, elle sera rejetée et ne trouvera aucun emploi », anticipe Karin Garnier. Cette élue de Saint-Christophe est, depuis samedi, l’une des deux marraines républicaines de la petite Catherine, née le 12 janvier à la maternité de Guéret.

Depuis août dernier, à la suite de déboires conjugaux, la future maman est hébergée par le Foyer creusois. Elle y bénéficie d’une solidarité toute féminine. Catherine a deux marraines. Alla, l’autre bonne fée qui s’est penchée sur son berceau, a fui elle aussi des violences conjugales. En seulement quelques mois, Jacqueline, qui parle un français parfait, s’est fait de nombreux amis à Guéret. Elle se voit vivre ici, « travailler dans la couture ou (s’) occuper de petits enfants ».

Une situation administrative critique
La petite mairie de Saint-Christophe était bondée, samedi, pour le baptême républicain. C’est tout le conseil municipal de Saint-Christophe qui s’est engagé à l’unanimité de ses neuf membres, à soutenir à la jeune Camerounaise. Il a adressé un courrier dans ce sens au préfet de la Creuse. « Jacqueline est une personne très sensible qui est capable de s’intégrer dans notre société », a estimé Jacques Velghe, le maire, en présidant la très symbolique cérémonie du baptême.

La situation administrative de Jacqueline Elogo est critique : le préfet de la Creuse lui a notifié en septembre une obligation de quitter le territoire français. Le collectif RESF (Réseau éducation sans frontières) de la Creuse a engagé un recours auprès du tribunal administratif de Limoges. Cette instance a validé la décision du préfet. Jacqueline Elogo et sa fille peuvent donc être reconduites à la frontière d’un jour à l’autre.

Le comité de soutien informel a entrepris de convaincre le père de Catherine de la reconnaître, ce qui lui permettrait d’accéder automatiquement à la nationalité française. Démarches pour l’instant vaines.En plus de ses marraines, Catherine a désormais de nombreux « parrains » dans la Creuse. Un département qui affiche un déficit de 190 écoliers en primaire à la rentrée 2016. Jacqueline et Catherine sont sans papiers mais ne sont plus. seules au monde.

La trajectoire de Jacqueline Elogo
Bachelière et « excellente couturière », selon Karin Garnier, Jacqueline Elogo comptait bien faire sa vie à Yaoundé. L’an passé, elle a réchappé d’un accident de voiture « dans lequel ma mère et ma s ur ont péri », relate la jeune migrante. Désormais sans aucune attache familiale, elle a suivi une « amie » qui lui a fait miroiter qu’elle pourrait valoriser ses talents de couture en France.

En arrivant à Paris, Jacqueline a rencontré un Français qui lui a fait un enfant et a disparu. Accueillie par la communauté camerounaise de Limoges, elle rencontre un autre homme, un Creusois plus âgé qu’elle, qui lui assure qu’il va reconnaître l’enfant à naître et qui lui propose la vie commune. Au lieu de trouver la félicité amoureuse ou du moins la bienveillante affection qu’elle espérait, Jacqueline a vécu un cauchemar avec cet homme. Elle s’est enfuie.

Jacqueline Portant sa fille Cathérine dans ses bras
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