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USA: les ambitions de Patrick Shanahan au Pentagone ruinées par son passé familial

Patrick Shanahan, ancien cadre de Boeing, paraissait assuré de piloter la première armée du monde malgré son manque d’expérience militaire, mais des accusations mutuelles de violences familiales ont réduit à néant ses chances de devenir chef du Pentagone.

Nommé en 2017 adjoint du ministre américain de la Défense Jim Mattis, il était devenu un ministre par intérim par défaut, après le départ brutal de l’ancien Marine en décembre 2018. Patrick Shanahan a lui-même renoncé à son poste mardi pour protéger « la sécurité et le bien-être » de ses enfants, après les révélations par la presse de deux incidents impliquant sa famille.

Selon le quotidien USA Today, le FBI enquêtait, dans le cadre du processus de sa confirmation par le Sénat, sur des accusations mutuelles de violence conjugale datant d’août 2010 entre M. Shanahan et son ex-femme.

Patrick Shanahan avait alors assuré que sa femme, Kimberley, l’avait frappé à coups de poing, le faisant saigner du nez. L’épouse, qui avait dit avoir reçu des coups au ventre, avait été inculpée pour violences avant que les charges ne soient abandonnées lors de la procédure de divorce.

Le Washington Post a révélé pour sa part un autre incident impliquant Kimberley et son fils aîné, William, en novembre 2011. Selon des documents judiciaires, William, alors âgé de 17 ans, avait frappé sa mère à coups de batte de baseball lors d’une dispute, la laissant inconsciente dans une mare de sang, crâne fracturé. L’adolescent avait été condamné à passer 18 mois dans un centre pour délinquants mineurs et à quatre ans de libération conditionnelle, deux condamnations finalement réduites.

« Les malheurs peuvent frapper toutes les familles… et c’est vraiment une tragédie », a déclaré Patrick Shanahan au quotidien.

Lors de son audition par le Sénat en 2017, ses trois enfants étaient derrière lui pour le soutenir. Selon le Washington Post, les enfants n’ont plus de contacts avec leur mère.

– « Traumatisant » –

Dans un communiqué, M. Shanahan évoque mardi « une ancienne situation familiale douloureuse et très personnelle ».

« Je pense que la poursuite du processus de confirmation forcerait mes trois enfants à revivre un chapitre traumatisant de la vie de notre famille et rouvrirait des blessures que nous avons mis des années à panser », explique-t-il.

Mais son départ intervient dans un climat de tensions extrêmes avec l’Iran, accusé de plusieurs attaques de cargos près du détroit d’Ormuz, voie stratégique pour l’approvisionnement mondial en pétrole.

Lundi, il avait annoncé l’envoi d’environ 1.000 militaires supplémentaires au Moyen-Orient pour protéger les soldats et les intérêts américains dans la région, alors que Téhéran dément toute responsabilité. Fin mai, Washington avait déjà annoncé le déploiement de 1.500 soldats supplémentaires au Moyen-Orient, ainsi que des appareils de reconnaissance et de surveillance et un escadron de douze avions de chasse.

Jusqu’ici, la trajectoire de cet homme discret, divorcé, père de trois enfants et sans expérience politique paraissait lisse.

C’est M. Mattis lui-même qui en 2017 avait choisi comme adjoint cet ancien ingénieur de 56 ans ayant passé 30 ans chez Boeing, où il a acquis le surnom de « M. Répare-tout » après avoir remis sur pied le programme du « Dreamliner » 787, plombé par les problèmes de production. Il avait ensuite dirigé les programmes du constructeur pour l’aviation militaire américaine, un avantage certain pour intégrer le Pentagone.

Plus familier des dossiers financiers que des nuances de la stratégie militaire américaine, il s’est brutalement retrouvé sur le devant de la scène internationale fin décembre, avec la démission fracassante de M. Mattis qui a conduit le président à le nommer ministre de la Défense par intérim.

Depuis, M. Shanahan s’était aligné sur les vues de M. Trump: retrait souhaité par le président du contingent américain déployé en Syrie, renfort de près de 4.000 soldats à la frontière américano-mexicaine, financement à hauteur d’un milliard de dollars sur le budget de la Défense pour la construction du mur censé empêcher l’immigration clandestine, tensions avec la Chine sur fond d’affaire Huaweï…

Sa flexibilité plaisait au milliardaire républicain qui « aime bien » son ministre, avait un jour assuré la porte-parole de la Maison Blanche, Sarah Sanders, elle aussi sur le départ.



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