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Véronique N. Doumbe, une camerounaise au pays de l’oncle Sam

JDC vous fait découvrir cette réalisatrice primée au dernier festival du film panafricain à Cannes

Racontez nous l’histoire de « The birthday party »
The Birthday Party (L’anniversaire) est une histoire tirée d’un fait divers malheureusement trop fréquent aux Etats-Unis.
Une petite fille meurt d’une balle perdue alors qu’elle fête ses 10 ans en famille.

Ce dernier film a été primé à Cannes, mais réalisatrice vous l’êtes depuis de longues années. Racontez nous votre parcours?
Peu de temps après mon arrivée à New York, j’ai rencontré la cinéaste Algérienne Amal Bedjaoui. Elle avait déjà écrit le scénario de son premier film. Cela m’a beaucoup impressionné car elle avait à peine 18 ans, mais savait déjà qu’elle deviendrait cinéaste. Moi j’avais une Licence en Droit et je me cherchais.
Il m’a fallu un long moment pour oser me lancer. Je n’ai pas fait une école de cinéma. Mais j’ai pris des cours de caméra et de montage. Au début je pensais que je filmerais tout moi-même. Armée d’une caméra j’ai réalisé un premier film (hors de l’école) à la Martinique pendant le Carnaval de Fort-de-France lors d’une visite chez ma grand-mère maternelle. Grâce à ce film j’ai reçu mon premier cachet: $50 lorsque je l’ai montré au Centre Culturel des Caraibes à New York. J’étais vraiment fière. C’était en 1983. En 1986 mon mari et moi avons suivi une course de voitures solaires en Suisse. Cette fois, c’est lui qui filmait. A partir de là, j’ai laissé peu à peu la caméra pour me concentrer sur la réalisation, mais surtout le montage. En 1989, nous avons également travaillé ensemble sur un film de commande pour la promotion d’un programme de Non-Violence dans les prisons de l’Etat de New York.

Réalisatrice installée aux Etats-unis depuis 1981, comment vous définirez vous?
Je suis arrivée à la réalisation par le biais du montage. J’ai surtout beaucoup monté et en fait peu réalisé jusqu’à maintenant. Je suis avant tout une mère. J’ai d’ailleurs tout arrêté lorsque ma fille ainée est née en 1991. (J’ai continué à faire tourner mon studio de montage en employant une monteuse pour me remplacer plutôt que de payer une baby-sitter pour garder mes filles lorsqu’elles étaient encore petites. Pas vraiment génial pour ma carrière, mais franchement je ne regrette rien). Je ne me suis remise à la réalisation à la fin des années 90. J’ai alors entamé la réalisation de mon premier long métrage qui m’a pris plusieurs années, car le musicien dont je faisais le portrait est mort d’une crise cardiaque. Le film est finalement sorti en 2002. Il a été primé plusieurs fois. Depuis je me suis mise à la fiction. Mon premier court-métrage de fiction Luggage est sorti en 2007. Il a également été primé. J’ai un site web sur lequel on peut voir ce que je fais: www.ndolofilms.com. Je prépare en ce moment un documentaire Woman to Woman sur les mères qui élèvent des adolescentes à New York. C’est un film que je vais co-réaliser avec ma fille ainée.

Véronique Doumbe

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Vous êtes camerounaise et antillaise, donc à double culture. Mais on imagine à triple maintenant avec la culture américaine?
Je suis Américaine d’origine Camerounaise et Martiniquaise. J’ai passé plus de temps aux Etats-Unis que partout ailleurs. Je me sens donc chez moi ici. Mais quand je parle de mon autre patrie, je fais référence au Cameroun où j’ai passé mon adolescence.

Parlez nous un peu de votre enfance, des lieux où vous avez vécu?
Je suis née à Suresnes, dans la banlieue Parisienne. J’ai vécu deux années merveilleuses à Abidjan. Abidjan est une ville très cosmopolitaine. J’avais des amis Ivoiriens, Maliens, Sénégalais, Burkinabé, des Français aussi. Nous nous sentions tous de la Côte d’Ivoire. On ne se posait pas de question.

Que gardez vous comme souvenirs du Cameroun?
Mes souvenirs du Cameroun, de Douala où j’ai vécu sont des souvenirs d’adolescente. C’était la fin des années 60, début des années 70. Je me souviens d’une jeunesse assez insouciante. J’étais élève au Lycée Joss. J’étais une athlète.

Vous y allez très souvent?
Je ne suis pas retournée au Cameroun depuis 1992. Les billets d’avion coûtent très chers et nous sommes maintenant une famille de quatre personnes. A l’époque, je tenais à revenir pour présenter ma fille ainée à mon père. Elle a marché pour la première fois à Douala. J’ai maintenant une deuxième fille qui ne connait pas le Cameroun, mais qui brûle d’envie d’y aller un jour.

En tant que femme, comment vivez vous la vie de famille et cette vie professionnelle qui fait voyager et partir tout le temps?
Je ne voyage pas si souvent que cela pour mon travail. Je suis d’abord monteuse. C’est un travail sédentaire. Je voyage lorsque j’ai réalisé un film et que je dois le présenter en festival mais c’est vraiment ponctuel.

Parlez nous de votre studio de montage vidéo
Je gagne ma vie comme monteuse. Le montage me passionne. J’ai mon propre équipement de montage ce qui me donne une certaine liberté. Au tout début, je montais des émissions qui passaient dans les chaines câbles, je montais aussi des films d’entreprise, mais j’ai doucement viré vers le monde des indépendants, car c’est un travail beaucoup plus satisfaisant. Je monte des court-métrages ainsi que des longs métrages, des documentaires et des films de fiction selon les projets des réalisateurs ou réalisatrices qui m’engagent.

Quand on vient de deux endroits différents culturellement (Cameroun, Martinique), qu’on a grandi ailleurs (Côte d’ivoire, France) et qu’on vit dans une ville cosmopolite, quelle culture a-t-on envie de transmettre aux enfants?
Mes filles sont Américaines. Nées aux Etats-Unis d’une mère Afro-Caribéenne et d’un père Américain. Elles sont African American comme on dit ici. Je leur ai appris à respecter tout un chacun quel que soit son origine. Il faut aimer avec son c ur, pas avec ses yeux. A New York, pratiquement tout le monde vient d’ailleurs, donc elles sont habituées à côtoyer des gens du monde entier. Elles savent qu’elles viennent du Cameroun, de la Martinique par moi, de l’Allemagne, de la Russie, de la Suède par leur père. Ce sont des citoyennes de cette planète.

Quel est votre rêve le plus fou?
Pas si fou que ça: Ouvrir une école de Cinéma à Douala.

Quel est le plat camerounais que vous aimez le plus?
Le Ndole mais aussi le poisson braisé.

Tournage du film « A birthday party »

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