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Violences à Bamenda: «les auteurs seront confrontés aux rigueurs de la loi»

Le ministre camerounais de la Communication s’est exprimĂ© ainsi Ă  la suite des heurts entre les forces de l’Ordre et des manifestants venus empĂŞcher, jeudi, un meeting du RDPC dans la ville

Le porte-parole du gouvernement a passĂ© en revue, les tristes Ă©vĂ©nements qui ont eu lieu dans cette rĂ©gion du Nord-Ouest du Cameroun ces derniers jours. Voici l’intĂ©gralitĂ© du propos liminaire du ministre de la Communication lors de son point de presse le samedi 10 dĂ©cembre 2016 Ă  YaoundĂ©:

Mesdames, Messieurs les journalistes,
Je vous souhaite Ă  toutes et Ă  tous la bienvenue Ă  l’occasion de cet Ă©change auquel je vous ai conviĂ©s, afin que nous nous entretenions sur une actualitĂ© majeure de la vie de notre nation.

Mesdames, Messieurs les journalistes,
Au moment oĂą le monde entier tĂ©moigne au Cameroun sa totale admiration et son Ă©merveillement pour la paix, l’unitĂ© et la concorde qui caractĂ©risent notre peuple et règnent dans notre pays, fruits d’un consensus et d’un plĂ©biscite accordĂ©s au chef de l’État, Son Excellence Paul Biya ;

Au moment oĂą la communautĂ© internationale reconnaĂ®t le sĂ©rieux et salue le professionnalisme, la bravoure, le sens de l’honneur et du devoir de nos Forces de dĂ©fense et de sĂ©curitĂ© actuellement dĂ©ployĂ©es dans la rĂ©gion de l’ExtrĂŞme-nord pour combattre et Ă©radiquer dĂ©finitivement les adeptes de l’obscurantisme que sont les membres de Boko Haram, mais aussi pour ramener le calme et la sĂ©rĂ©nitĂ© au sein de nos populations qui y vivent, dĂ©fendre et prĂ©server l’intĂ©gritĂ© de notre territoire national ;

Alors mĂŞme que depuis l’offensive contre cette bande criminelle, plus de 1 500 civils et militaires ont perdu la vie, tuĂ©s par balles, Ă©gorgĂ©s, dĂ©capitĂ©s ou mutilĂ©s ;

Alors que nos populations dans les zones touchĂ©es par cette guerre sans merci, sont complètement dĂ©munies et dĂ©pourvues de tout en matière de services les plus Ă©lĂ©mentaires auxquels ils ont pourtant droit en tant que citoyens Ă  part entière de notre pays, privĂ©es qu’elles sont des dividendes qu’elles sont en droit de tirer d’une Ă©conomie et d’un tourisme particulièrement florissants, mais qui depuis ces dernières annĂ©es, sont au ralenti, si elles ne sont pas carrĂ©ment inexistantes ;

Alors que notre pays, malgrĂ© ces temps difficiles qu’il traverse heureusement avec dignitĂ© et courage, vient d’administrer au monde entier, la preuve de sa capacitĂ© Ă  relever des dĂ©fis organisationnels et infrastructurels, comme cela a Ă©tĂ© le cas avec la rĂ©cente CAN FĂ©minine 2016 qu’a organisĂ©e le Cameroun avec maestria et brio ;

Les villes de Bamenda et de Buea, en proie depuis quelques semaines à des revendications et à des tensions, projettent contre toute attente et à la surprise générale, de tristes images de notre très cher et beau pays.

Ceux qui tentent ainsi d’imposer leur option pour la violence et le non-respect du droit, voudraient faire croire que certains de nos compatriotes seraient donc, du simple fait de notre hĂ©ritage politico-culturel, frustrĂ©s, marginalisĂ©s, ostracisĂ©s.

EmportĂ©s par une surenchère dĂ©magogique et populiste, ces adeptes du dĂ©sordre et de l’intolĂ©rance, poussent aujourd’hui le bouchon jusqu’Ă  la remise en cause des acquis fondamentaux de notre RĂ©publique, tels que la paix, l’unitĂ© nationale et notre dĂ©sir de vivre ensemble, coĂ»te que coĂ»te, vaille que vaille.

Les tenants de ces thĂ©ories et les auteurs de tels actes, ainsi que leurs commanditaires, manifestement en total dĂ©phasage avec le principe fondateur de notre RĂ©publique qu’est notre UnitĂ© nationale, n’exigent rien moins que le retour au fĂ©dĂ©ralisme, qui, selon toutes indications, ne serait alors qu’un prĂ©texte commode pour organiser le dĂ©litement de la nation, sorte d’anti-chambre de cette sĂ©cession qu’ils appellent en fait de tous leurs v ux.

Je voudrais, au nom du gouvernement, rappeler ici que le prĂ©sident de la RĂ©publique, Son Excellence Paul Biya, chef de l’État et chef des ArmĂ©es, est le dĂ©positaire de la Constitution – Loi fondamentale de notre pays – et de toutes les autres lois qui en dĂ©coulent.

Dans la conduite du destin de la Nation que le peuple camerounais lui a souverainement confiée, le président de la République a fait du dialogue et de la tolérance son crédo et son leitmotiv.

C’est en cela qu’il est reconnu par tous comme l’architecte d’une politique inclusive et d’ouverture, vĂ©ritable marque de fabrique de notre peuple et de notre nation.

Le chef de l’État n’a donc jamais et ne saurait jamais rester sourd et encore moins indiffĂ©rent Ă  la moindre des revendications exprimĂ©e par ses concitoyens, dès lors que celle-ci tire sa lĂ©gitimitĂ© ou trouve son fondement dans les lois et les valeurs de la RĂ©publique.

C’est donc tout naturellement qu’en rĂ©ponse aux revendications jugĂ©es lĂ©gitimes et fondĂ©es, formulĂ©es tout d’abord par les Avocats exerçant dans les rĂ©gions d’expression anglaise de notre pays, puis par les syndicats d’enseignants dans ces mĂŞmes rĂ©gions, le Gouvernement, sur les Très Hautes Instructions du chef de l’État, Son Excellence Paul Biya, a ouvert un dialogue avec les reprĂ©sentants de ces diffĂ©rents corps professionnels ; dialogue qui s’est avĂ©rĂ© Ă  la fois opportun et fructueux, au regard de la batterie de mesures structurelles et financières qui ont Ă©tĂ© prises en urgence au terme des concertations avec les diffĂ©rents acteurs.

Ce faisant, il est inconcevable, voire impensable de croire un seul instant que du fait d’un hĂ©ritage politico-culturel qui a formatĂ© notre modèle sociĂ©tal, que du fait de cet hĂ©ritage politico-culturel dont nous sommes tous au demeurant fiers, le prĂ©sident de la RĂ©publique en vienne Ă  s’exonĂ©rer d’une mission rĂ©galienne que lui a confiĂ© le peuple souverain, Ă  savoir, assurer la protection des biens et des personnes Ă©tablis sur le territoire national, garantir l’ordre public et prĂ©server les libertĂ©s fondamentales reconnues aux citoyens par la Constitution et les lois de la RĂ©publique.

On est donc en droit de se poser la question de savoir quelles sont les causes profondes de cette situation quasi- insurrectionnelle que la ville de Bamenda a connue dans la journée du 8 décembre dernier.
Mais avant cela, sans doute faudrait-il dire ici ce qui s’est rĂ©ellement passĂ© ce jour-lĂ  dans le chef-lieu de la RĂ©gion du Nord-ouest.

Alors que dans la journĂ©e du 08 dĂ©cembre 2016, des militants du Rdpc s’apprĂŞtaient Ă  prendre part Ă  un meeting organisĂ© par la section de la Mezam 1, sous la prĂ©sidence de M. le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du ComitĂ© central dudit parti, et en prĂ©sence de Monsieur le Premier ministre, chef du gouvernement, la place des fĂŞtes de la ville de Bamenda, au lieu-dit « Commercial Avenue » qui devait abriter ce meeting, a littĂ©ralement Ă©tĂ© prise d’assaut par une meute de contestataires armĂ©s de projectiles, de catapultes et de cocktails Molotov.

Ce meeting, faut-il le prĂ©ciser, s’inscrivait dans une dĂ©marche de concertation pour laquelle les responsables de ce parti politique ont optĂ©e, afin d’inviter les uns et les autres Ă  l’apaisement et de ramener le calme dans les villes de Buea et de Bamenda. Il intervenait donc après donc un autre du genre qui s’Ă©tait tenu Ă  Buea le 06 dĂ©cembre 2016, cette fois-ci sans incident.

Tout avait pourtant Ă©tĂ© mis en place pour un dĂ©roulement harmonieux de la rĂ©union publique de Bamenda, faut-il le prĂ©ciser, Ă©tait dĂ»ment autorisĂ©e par les autoritĂ©s compĂ©tentes. Mais voilĂ  que des individus surgis de nulle part, surexcitĂ©s et agissant par groupes visiblement prĂ©parĂ©s et parfaitement organisĂ©s, ont commencĂ© Ă  perpĂ©trer des actes de vandalisme et de guĂ©rilla urbaine sur la place de la cĂ©rĂ©monie, avec pour objectif clair de perturber, voire d’empĂŞcher le dĂ©roulement de cette rĂ©union publique.

Dans leur folie destructrice, ces contestataires, devenus de vĂ©ritables insurgĂ©s, ont alors entrepris d’Ă©riger des barricades sur la voie publique afin d’entraver la circulation, d’incendier de nombreux vĂ©hicules, de brĂ»ler des pneus sur les chaussĂ©es, d’assiĂ©ger, puis de mettre Ă  feu des bâtiments publics, y compris des Ă©tablissements scolaires et des hĂ´pitaux, prenant en otages Ă©lèves, patients et personnel mĂ©dical, et d’agresser des personnes physiques.
Le bilan humain fait état de deux morts dans des circonstances qui restent encore à élucider ; quatre gendarmes et quatre policiers blessés, une jeune femme également blessée et partiellement brûlée, un cadre du Rdpc lui aussi grièvement blessé à la tête.

Quant au bilan matĂ©riel, il fait Ă©tat de neuf vĂ©hicules dĂ©truits comprenant ceux du Commandant de LĂ©gion de Gendarmerie, du Commandant en second du B.R.I.M. ( Bataillon Rapide d’Infanterie MotorisĂ©e), du Sous-prĂ©fet de Bamenda 3ème, de la Camerounaise des Eaux, de la CAMPOST, des Ă©quipes spĂ©ciales d’intervention rapide de la police, ESIR, de la Gendarmerie nationale, ainsi que de deux vĂ©hicules personnels. Ont Ă©tĂ© pillĂ©s et incendiĂ©s, outre de nombreux commerces et autres kiosques urbains, deux Ă©difices publics : le Commissariat de Police du 3ème Arrondissement et plusieurs pavillons de l’HĂ´pital RĂ©gional de Bamenda.

J’ajoute Ă©galement que les contestataires ont hissĂ© dans certains carrefours et sur les Ă©difices publics vandalisĂ©s, des drapeaux de la Southern Cameroon National Council (SCNC). Face Ă  cette situation, les Forces de maintien de l’ordre se sont dĂ©ployĂ©es pour la sĂ©curisation complète de la ville et de ses environs, procĂ©dant Ă  l’interpellation de 58 personnes, dont 34 sont entre les mains de la Gendarmerie nationale, et 24 retenues par les Forces de police.
Dans le but d’Ă©viter une confrontation entre les militants du Rdpc et les contestataires, la rĂ©union publique initialement prĂ©vue au lieu-dit «Commercial Avenue», s’est finalement tenue dans un hĂ´tel de la place.

Sur place, et afin de rĂ©tablir l’ordre public de manière durable, des mesures d’urgence ont Ă©tĂ© prises par les autoritĂ©s administratives pour apprĂ©hender les casseurs, identifier et dĂ©busquer leurs commanditaires et leurs complices.

Il convient de relever que dans la gestion de cette situation, les Forces de sĂ©curitĂ© se sont efficacement dĂ©ployĂ©es, avec le souci constant de ramener la paix et l’ordre dans la ville de Bamenda et ses environs, en prĂ©servant les vies humaines – y compris celles des fauteurs de trouble – et en assurant la sĂ©curitĂ© et la tranquillitĂ© des populations. Ă€ ces Forces de maintien de l’ordre qui se dĂ©ploient avec courage, abnĂ©gation, patriotisme et sens du sacrifice, le chef de l’État adresse ses encouragements pour leur action en faveur du rĂ©tablissement de l’ordre public et de la sĂ©curitĂ©.

Les manifestations violentes de ce 8 dĂ©cembre Ă  Bamenda interviennent alors que le Gouvernement, sur les Très Hautes Instructions du chef de l’État, Son Excellence Paul Biya, poursuit ses efforts pour trouver les solutions appropriĂ©es aux problèmes soulevĂ©s, dès lors que ceux-ci ont Ă©tĂ© jugĂ©s lĂ©gitimes et non contraires aux lois et valeurs de la RĂ©publique.

La persistance de ces actes de violence devient dès lors incomprĂ©hensible et cache mal les man uvres de quelques pĂŞcheurs en eaux troubles, rĂ©fractaires au dialogue et Ă  la concertation, tapis dans l’ombre, qui manipulent allègrement les populations et notamment les jeunes, pour des desseins inavouĂ©s.

Le Cameroun Ă©tant un État de droit, les auteurs des destructions des biens publics et privĂ©s, ainsi que leurs complices, doivent savoir que, tout en restant disposĂ© au dialogue et Ă  la concertation, le Gouvernement de la RĂ©publique entend remplir pleinement ses missions de protection des populations et de leurs biens, de leur libertĂ© d’aller et de venir, mais aussi de celle de travailler, sans oublier la prĂ©servation du droit Ă  l’Ă©ducation et Ă  l’instruction de nos enfants.
Aussi, les auteurs des actes de vandalisme de ce 8 dĂ©cembre Ă  Bamenda doivent savoir qu’ils se seront confrontĂ©s aux rigueurs de la loi et recevront le cas Ă©chĂ©ant le juste châtiment mĂ©ritĂ© pour les forfaitures pour lesquelles leur culpabilitĂ© aura Ă©tĂ© Ă©tablie.

Je voudrais aussi, au nom du Gouvernement, appeler nos jeunes compatriotes, en proie aux illusions que leur vendent les commanditaires de ces violences, Ă  plus de vigilance et de luciditĂ©, pour qu’ils ne se laissent jamais entraĂ®ner dans ces voies qui sont celles de la perdition et de la destruction d’eux-mĂŞmes.

Ă€ ceux-lĂ  qui entreprennent d’utiliser les avantages de communication qu’offrent les mĂ©dias sociaux pour dĂ©sinformer les opinions publiques, dĂ©naturer les faits et inciter Ă  la haine, au dĂ©sordre et Ă  la violence, le gouvernement adresse une mise en garde ferme, Ă  savoir que l’État mettra tout en uvre par ses propres moyens et grâce Ă  l’assistance de ses pays amis, pour les traquer, les dĂ©busquer, les arrĂŞter et les renvoyer devant nos tribunaux.

Ă€ la suite du chef de l’État, Son Excellence Paul Biya, j’invite donc nos jeunes compatriotes Ă  cultiver, Ă  l’instar de notre Ă©quipe nationale fĂ©minine de football, Vice-championne d’Afrique, les valeurs d’ardeur au travail, de solidaritĂ©, de patriotisme, qui sont les seuls gages de rĂ©sultats positifs, et de solutions aux problèmes auxquels ils sont confrontĂ©s et dont la rĂ©solution est au centre des prĂ©occupations du gouvernement.

Au nom du gouvernement, j’invite les laborieuses populations de la ville de Bamenda et des autres villes de la rĂ©gion du Nord-ouest Ă  l’apaisement, et les encourage Ă  vaquer Ă  leurs occupations en Ă©vitant de succomber aux discours de la division.

Pour sa part, le gouvernement continuera de tout mettre en uvre, dans le strict respect des lois de la RĂ©publique, pour prĂ©server l’ordre public et assurer Ă  tous les citoyens la protection qu’ils sont en droit d’attendre des pouvoirs publics pour l’exercice de leurs activitĂ©s.

Aux familles de ceux de nos compatriotes qui ont trouvé la mort au cours de ces tristes événements, le président de la République, Son Excellence Paul Biya, adresse ses condoléances les plus attristées et souhaite un prompt rétablissement aux blessés.

Je vous remercie de votre aimable attention.

Issa Tchiroma Bakary, photo d’illustration

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