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Violences à Bangui: Mahamat Kamoun parle d’un « plan de destabilisation » de la transition

Le Premier ministre de transition invite à ne pas qualifier les violences déclenchées dans la capitale centrafricaine le week-end de « violences inter-communautaires »

Mahamat Kamoun bonjour
Bonjour.

Depuis deux jours, la ville de Bangui est couverte de barricades, des milices motorisées circulent en ville. Est-ce que vous n’avez pas perdu le contrôle de la situation?
La situation n’est pas totalement perdue comme vous le dites, c’est vrai que la majorité des quartiers observent le calme. Dans Bangui, les barricades ont été enlevées afin de permettre la reprise des activités. Cependant, nous reconnaissons qu’il y a encore la circulation de quelques milices en motos, ce qu’on tente de juguler.

Mais il n’empêche, dans la nuit de dimanche à lundi, la radio nationale a été attaquée non ?
C’était plutôt la gendarmerie nationale qui a dû repousser une attaque d’une bande armée, et qui a fait trois morts dans le rang des assaillants parmi lesquels se trouve le tristement célèbre antibalaka Mazimbele

Vous parlez de M. Mazimbele qui était membre de la garde présidentielle de François Bozizé c’est ça?
Tout à fait!

Et ce lundi matin, n’est-ce pas la radio qui a été attaquée à son tour?
Non! Il y a eu une marche de jeunes dés uvrés et délinquants, avec comme objectif d’aller prendre la radio. Ils n’ont pas pu parce que les forces internationales de la Minusca les ont repoussés. La radio est en ce moment sous contrôle du gouvernement.

Par ailleurs, on signale une fusillade qui aurait fait trois morts devant la présidence de la République
Non, il s’agit d’une action des forces de la Minusca pour rétablir l’ordre au centre-ville. Je ne suis pas en mesure de vous confirmer ce bilan mais ce qui est sûr, grâce à cette action de la Minusca, la foule qui s’est amassée au point zéro a été dispersée.

Et s’il n’y avait pas ces quelques 12.000 Casques bleus de la Minusca et ces quelques 1000 soldats français de la force Sangaris, est-ce que vous seriez encore Premier ministre à l’heure où nous parlons?
Les 12.000 Casques bleus sont venus pour appuyer les autorités de la transition. Nous savons que ces forces opèrent aux côtés des forces de sécurité intérieure pour rétablir la paix et la sécurité sur toute l’étendue du territoire centrafricain.

Donc si vous êtes encore au pouvoir à l’heure qu’il est, c’est grâce aux forces internationales?
Oui, on peut dire comme ça.

N’est-ce pas le signe que Mme la présidente Samba Panza et vous-même vous avez peut-être perdu la confiance de la population centrafricaine?
Le peuple centrafricain s’est exprimé majoritairement lors du Forum national de Bangui et à travers les recommandations issues de ce Forum, il était dit que les autorités de la transition doivent être maintenues en poste jusqu’aux nouvelles élections. Et donc, il est hors de question qu’une poignée d’individus puissent se lever pour remettre en cause les acquis du Forum national de Bangui.

Qu’est-ce qui est à l’origine de ces violences intercommunautaires depuis trois jours?
Non, ce serait exagéré de parler de violences intercommunautaires maintenant, dans la mesure où cette recrudescence de violences relève d’un plan de déstabilisation orchestré par les ennemis de la paix. Si vous vous souvenez, en 2014 ; c’était le même schéma.

Dans son appel depuis New-York, la présidente Catherine Samba Panza a déclaré ce lundi: «Je condamne cette montée de la violence intercommunautaire qui replonge le pays dans l’insécurité.» Est-ce qu’il n’y a pas tout de même des violences entre communautés chrétiennes et musulmanes?
Ecoutez, il y a eu meurtre d’un jeune musulman, un taxi-moto et il y a eu les représailles qui s’en sont suivies et qui ont coûté la vie à quelques personnes parmi lesquelles il y a certainement des chrétiens et des musulmans. Ça a pris l’allure d’une violence intercommunautaire mais on ne peut pas raisonner aujourd’hui en termes de violences intercommunautaires.

Vous dites que tout cela est orchestré par des ennemis de la paix mais apparemment il s’agit au départ d’un assassinat qui a déclenché un cycle de représailles. Où sont les ennemis de la paix dans tout cela?
Mais justement, les auteurs de cet assassinat parce que c’est un plan qui a marché en octobre 2014 et qu’ils ont remis en selle: aller tuer et susciter la colère de l’autre camp pour qu’il y ait des actions de représailles afin de paralyser le pays. Voilà un peu le plan de déstabilisation de la transition qui est en cours en ce moment.

Et ces ennemis de la paix, qui sont-ils? des hommes politiques qui sont sur place à Bangui ou qui sont en exil à l’étranger?
C’est un mélange de tout ; ceux qui sont poursuivis pour diverses raisons par la cour pénale internationale ou bien les instances judiciaires nationales sont exclus du jeu. Vous comprenez pourquoi nous assistons à ce cycle de violences.

Donc vous pensez à François Bozizé et Michel Djotodia, les deux anciens présidents ?
Ce n’est pas nécessaire de citer X ou Y mais je pense que vous savez de qui je parle.

Mahamat Kamoun, un référendum était prévu le 04 octobre, le premier tour de la présidentielle le 18 octobre. Evidemment tout cela n’est plus possible aujourd’hui, quand est-ce que les Centrafricains vont-ils pouvoir aller voter?
Ce que je peux dire c’est que le processus électoral a connu un retard de près de deux mois, tout simplement parce que nous avons connu quelques difficultés dans le cadre des opérations d’enregistrement des électeurs. Aujourd’hui, nous sommes presque en train de boucler cette opération d’enregistrement des électeurs et bientôt le fichier électoral sera mis sur pied. Nous travaillons, nous faisons ce que nous pouvons pour atteindre cet objectif. Nous allons organiser les élections d’ici la fin de l’année et au cas où il y a un glissement, ce sera un glissement maitrisé, de quelques semaines pas plus.

Un glissement par rapport au 31 décembre prochain c’est ça?
Par rapport à la fin de l’année, un glissement qui ne saura dépasser quelques semaines.

Mais le mandat de Mme Samba Panza ne prend-il pas fin le 31 décembre?
Sur cette question, je crois que le moment venu il y aura un arrangement politique avec toutes les forces vives de la nation.

Mahamat Kamoun, Premier ministre de la transition en République centrafricaine
Droits réservés)/n


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