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Vivre avec des personnes du troisième âge à Montréal: l’expérience d’une Camerounaise

Christianne a émigré du Cameroun en janvier. La femme de 35 ans a élu domicile au Canada chez Pierrette Morency, une dame de 70 ans

Briser l’isolement des aînés en les faisant cohabiter avec de jeunes personnes immigrantes à faible revenu est la mission que s’est donnée l’organisme la Maisonnée, qui a créé cette année 25 jumelages à Montréal.

Christianne Suzie Keukeu a émigré du Cameroun en janvier. La femme de 35 ans a élu domicile chez Pierrette Morency, une dame de 70 ans qui vivait seule. Malgré l’écart d’âge, elles forment une cohabitation intergénérationnelle et interculturelle harmonieuse. «D’un côté comme de l’autre, on ne se sent plus vraiment seule», témoigne la jeune colocataire.

L’aînée avoue avoir pris gout à partager sa vie avec quelqu’un, plutôt que vivre dans la solitude.

«Ça met de la vie dans l’appartement quand je me lève le matin, ajoute Pierrette, qui habitait seule depuis près de trois ans. Ça donne plus d’énergie. Quand tu parles à personnes, tu ressasses et penses aux mêmes affaires. C’est tellement important quand tu vieillis de pouvoir communiquer.»

Centaine de demandes
Bien que le phénomène ne soit pas encore aussi populaire au Québec qu’en Europe, la cohabitation intergénérationnelle prend tranquillement de l’essor dans la région métropolitaine.

En 2014-2015, on comptait 18 jumelages réalisés à partir du programme «Habitations partagées». Cependant, la demande est plus grande. Par année, on retrouve entre 145 et 180 demandeurs, d’un côté comme de l’autre, mais tous ne sont pas choisis, tout dépendant des besoins mutuels. Aussi, les antécédents judiciaires des chercheurs de logements sont vérifiés.

Référence culturelle
Christianne, qui a fait des études en droit au Cameroun, a été sélectionnée par le Canada comme travailleuse qualifiée. Habiter avec Pierrette lui permet de comprendre mieux la culture dans laquelle est s’est plongée tête première, son ainée étant devenue un point de référence.

«Cela ne me gêne pas d’habiter avec une personne âgée. Chez moi, avant de venir ici, je vivais chez mon oncle âgé, dans une grande maison. Pour moi, ce n’est pas nouveau, c’est normal et cela fait partie du contexte familial», témoigne la Camerounaise.

Des échanges se créent à travers les discussions, mais aussi à partir des mets cuisinés et partagés. Si l’initiative brise l’isolement, elle aide également à désamorcer les préjugés, et ce, des deux côtés, témoignent-elles.

Bâtir la confiance
Comme toute cohabitation, il peut y avoir certains désaccords. «Au début, elle me demandait souvent pour utiliser l’Internet et ça m’énervait, raconte Pierrette. Je ne connais presque rien de cela, ce sont mes enfants qui m’ont installé cela. J’ai dit non. Mais, elle n’a même pas été choquée. Sa conciliation m’a impressionnée.»

À cette anecdote, Christianne réplique que cela fait partie de son éducation. «Quelque soit le problème que tu as, tu t’exprimes. Le respect de l’autre est important. Mais maintenant, ça va mieux», ajoute-t-elle en riant. C’était plutôt de la méfiance, aux dires de Pierrette, qui avait peur de l’abus d’utilisation. C’était parce qu’elles ne se connaissaient pas. Mais, en deux mois, la confiance s’est tissée peu à peu.

Encore marginale
Déjà, des initiatives son déployées à Montréal, Longueuil, mais également à Laval, où des jumelages d’habitation avec ainés et étudiants du collège Montmorency se concrétiseront lors de la prochaine rentrée scolaire.

«La cohabitation intergénérationnelle est encore marginale au Québec, comparativement à l’Espagne, les Pays-Bas ou la France, mais la question est étudiée ici, reconnaît Caroline Chantrel, agente de développement pour l’organisme Intergénérations Québec. Cela fait partie des solutions afin que les aînés restent à domicile.»

Pierrette Morency a accueilli sous son toit Christianne Suzie Keukeu, de 35 ans sa cadette, qui a quitté au début de l’année la ville de Bafoussam, au Cameroun, pour venir travailler à Montréal.
24heures, Caroline Lévesque)/n
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