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XXVème Sommet Afrique-France: Leçons pour l’Afrique et questions stratégiques pour le Cameroun

« Qui peut négliger le poids de (…) 27% des membres des Nations Unies? »

On nous laissé penser qu’il y avait une vraie réflexion, un véritable questionnement au sujet de la nécessité d’un Sommet France-Afrique. Rien n’est plus amusant. Qui peut vraiment se demander si un tel Sommet est utile pour la France alors même que géostratégiquement l’Afrique s’annonce incontournable pour l’ensemble du monde? Qui peut négliger le poids de 2 milliards d’habitants (d’ici 40 ans) ou encore 27% des membres des Nations Unies? Aucun esprit sérieux! Permettez-moi, avant de dresser quelques leçons pour l’Afrique et soulever quelques questions stratégiques auxquelles devra répondre le Cameroun, de rire de la nouvelle dénomination. Sommet Afrique-France? Qui pense sérieusement que cette dénomination changera profondément l’esprit de la françafrique? Je n’y crois pas un seul instant. Mais nous a-t-on dit, le format a été revu (1,5 jour contre environ 3 jours pour les précédents), le sommet sera triannuel . Comme aurait dit l’autre : laissons la chance au coureur.

Il n’y a que les intérêts qui comptent: quand le Président français, reçoit les Présidents anglophones Goodluck Jonathan (Nigeria) et Jacob Zuma (Afrique du Sud)

D’après la Présidence de la République française, le 31 mai, le Président Nicolas Sarkozy a offert un déjeuner de travail en l’honneur de Son Excellence Jacob Zuma. Le lendemain, il s’est entretenu à 9h30 avec le Président par intérim du Nigéria, Goodluck Jonathan. Que l’ensemble des Présidents africains le comprennent une fois pour toute, la France comme toutes les autres puissances et même les pays émergents, n’a que des intérêts. Voilà! Comprenons bien donc que nous ne devons, en tant qu’États, veiller à qu’à défendre nos intérêts. Parce que quand vient le temps des vraies affaires, l’on relègue au second plan, les liens historiques, culturels,. qui nous « lient » tant aux puissances occidentales. Entendons nous bien, nous ne sommes outrés d’une rencontre entre le Nigéria, l’Afrique du Sud et la France, nous disons simplement qu’est venu le temps où nous défendrons nos intérêts. Privilégions les intérêts de nos entreprises, de nos concitoyens, pensons d’abord à ceux-là avant de travailler pour d’autres. Comme l’adit le Président du Rwanda, nous avons besoin de partenaires pas de maîtres.

L’Afrique compte! Mieux organisée, elle pèsera plus encore
Forte de ses 27% du total des membres des Nations Unies et de son milliard d’habitants, l’Afrique revendique 2 places de membres permanents au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Rappelons qu’il y a actuellement parmi les 15 membres du Conseil de Sécurité, 5 membres sont permanents. Il s’agit de: Chine, Etats-Unis, Fédération de Russie, France et Royaume-Uni.

Selon les Nations Unies: Chaque membre du Conseil de sécurité dispose d’une voix. Les décisions de procédure sont prises par un vote affirmatif de 9 au moins des 15 membres. Les décisions sur les questions de fond sont prises par un vote affirmatif de neuf membres également, parmi lesquels doivent figurer les cinq membres permanents. C’est la règle de «l’unanimité des grandes puissances», souvent appelée droit de veto. Si un membre permanent est opposé à une décision, il peut voter contre, ce qui revient à opposer son veto. Les cinq membres permanents du Conseil ont tous exercé un jour ou l’autre leur droit de veto. Si un membre permanent n’est pas entièrement favorable à une décision mais ne souhaite pas pour autant s’y opposer, il peut s’abstenir. Aux termes de la Charte, tous les Membres de l’ONU acceptent et appliquent les décisions du Conseil. Alors que les autres organes de l’Organisation n’adressent aux gouvernements que des recommandations, le Conseil est le seul à pouvoir prendre des décisions que les membres sont tenus d’appliquer, conformément à la Charte. On le voit bien, c’est une institution prestigieuse. Il est aisé de comprendre pourquoi de grands pays tel que le Japon ou l’Inde désirent y être admis à titre de membres permanents.
Les poids lourds continentaux devront davantage prendre leur place
Le prestige appelle d’énormes responsabilités et un sens du leadership mobilisateur de tous les instants. Pour ne parler que d’eux, le Nigéria – premier pays par la démographie en Afrique et deuxième économie d’Afrique subsaharienne – et l’Afrique du Sud – premier pays d’Afrique subsaharienne par la richesse créée. Elle génère 40% du PIB de cette zone du monde – devront plus encore donner leur avis sur la direction que prend l’Union africaine. Autrement dit, le ou les pays qui seront choisis pour représenter l’Afrique comme membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU, accroitront de facto les attentes que l’on aura vis-à-vis d’eux. Il va de soi que pour faire connaître la sensibilité, défendre les intérêts de celle-ci, le ou les pays choisis devront parfaitement maîtrisés l’ensemble des enjeux du continent. Car nous semble-t-il à la différence de la France ou des États-Unis, le ou les pays choisis en plus de leurs intérêts particuliers, devra (devront) penser à dire la sensibilité africaine, à faire peser notre voix pour que la vision africaine du monde contribue à façonner notre planète. En bref, je lie donc la légitimité du ou des futur (s) africain (s) du Conseil permanent de sécurité à leur capacité à comprendre, à aimer et à défendre en plus de leurs intérêts particuliers, les intérêts du continent.

Ce que le monde attend du Cameroun
Comme chacun le sait, le Cameroun accueillera le siège du Fonds Monétaire Africain. Il s’agit d’une des trois institutions qui sera mise sur place pour accompagner la monnaie unique de l’Afrique. Elle devrait être mise en place en 2020. Le Président Bongo du Gabon a appelé à la dernière Conférence Internationale de Yaoundé à jouer pleinement son rôle de leader de l’Afrique centrale. Notons finalement que selon la Présidence du Cameroun, le Président Paul BYA du Cameroun a coprésidé la première séance de travail à huis clos qui a réuni les 38 Chefs d’Etat et de délégation présents à Nice. L’expérience et la sagesse dont jouit le Président Paul Biya ont été sollicitées au Sommet de Nice. La voix du Cameroun s’est une fois de plus fait entendre en France au cours de la réunion à huis clos qu’a présidé le Président de la République S.E.M Paul BIYA. Le président de la réunion sur la gouvernance mondiale, a toujours plaidé pour une coopération internationale plus équitable, une position du reste constante. Je suis de ceux qui pensent que le dernier sommet France-Afrique, comme il est désormais convenu de l’appeler, donne matière à réflexion à nos stratèges. Il faut bien voir qu’une Grande puissance occidentale a une fois de plus permis de démontrer que le monde change! Le Cameroun doit en prendre acte et se muer en fonction de cette nouvelle donne.

Qu’est ce qu’on attend du Cameroun? Le monde attend du Cameroun qu’il choisisse le ou les meilleur (s) candidats pour l’Afrique et pour lui-même. Une fois que son choix sera opéré, nos stratèges décideront des meilleurs modes opératoires, il nous reviendra d’aller dans toutes les capitales où nous avons des amis qui peuvent nous écouter, pour aller « vendre » notre (nos) candidat (s). NOUS DEVONS ÊTRE EN INITIATIVE. Comprenez moi bien, je ne dis pas que les pays-candidats ne feront pas le tour des capitales africaines et des capitales occidentales mais vous savez, même le plus Grand séducteur a souvent besoin d’entremetteurs.

Pourquoi devrait-il agir ainsi? Premièrement, puisqu’il y a des pays-candidats, il y aura matière à négocier. Je suis convaincu que nos stratèges et nos diplomates, en échange de notre soutien, arracheront des contreparties intéressantes. Y-a-t-il des marchés dont nos entreprises pourraient profiter, pourrions-nous négocier un support du pays que nous choisirons dans telle ou telle autre instance internationale? Deuxièmement, en mouillant le maillot, en nous faisant «faiseur de roi», nous nous placerons au centre des Grandes Affaires en Afrique. Il nous est interdit d’être en dehors de cette «bataille» diplomatico-stratégique car cela relève sans doute d’un des plus grands enjeux de ce début de siècle.

Finissons en effectuant une réflexion, Éric NYINDU, journaliste à VOX AFRICA, une de nos précieuses chaines panafricaines, nous indiquait qu’il y avait plus de Chefs d’État pour le Sommet Afrique-France comparativement au Sommet de l’Union Africaine qui s’est déroulé, il y a quelques mois. J’ose espérer que ce sont bien les leaders africains auront un mot décisif dans le choix de notre (nos) représentant (s) au Conseil de Sécurité. Sinon, l’Afrique prouvera qu’elle n’est pas encore majeure, contrairement à ce qu’avait, très justement et très fortement, affirmé le Président BIYA le 18 mai 2010.

Serge Tchaya
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