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Yaoundé abrite un festival pour apprendre à produire et consommer des images

La première édition du Festival international du cinéma scolaire, Images For Learners, en abrégé, I4L, aura lieu du 15 au 20 décembre 2014.

Journalducameroun.com est allé à la rencontre des personnes à l’initiative du Festival international du cinéma scolaire, baptisé Images For Learners, dont la première édition aura lieu du 15 au 20 décembre 2014. Cet événement s’ajoute à l’existant. On recense en effet pas moins d’une demi-dizaine de manifestations culturelles liées au cinéma au Cameroun : Le festival Ecrans Noirs ; les Rencontres Internationales du Film Court (RIFIC, encore appelées Yaoundé tout court) ; le Festival international du cinéma indépendant de Bafoussam (FICIB) ; Le Cinéma numérique ambulant Cameroun (CNA Cameroun), etc. Un festival de cinéma de plus ou un festival qui apporte un plus? Nous avons posé la question et celle liée à l’opportunité de cet événement au Pr Alexi-Bienvenu Belibi (enseignant à l’Ecole normale supérieure de Yaoundé), président du Festival et à Dan Njiena T, le coordonnateur du festival.

Yaoundé va abriter la première édition du festival du cinéma scolaire, plus précisément le Festival international du cinéma scolaire Images For Learners (I4L). Où en sommes-nous avec la préparation de l’événement?
Dan Njiena T. Nous vous remercions de l’intérêt que vous portez au festival. Actuellement, nous sommes dans la phase terminale de préparation de l’événement. Nous essayons de boucler avec les titres de voyages de nos invités spéciaux ainsi que les diverses modalités d’hébergement. Nous avons fait le point par rapport aux salles qui vont accueillir les manifestations ainsi que les divers lieux, en particulier l’esplanade de l’Hôtel de ville de Yaoundé. Nous avons prorogé pour quelques jours le délai de réception des uvres.

Elle devait s’achever quand ?
Dan Njiena T. Initialement prévue le 30 septembre, nous l’avons prolongé jusqu’au 25 octobre. Nous sommes en train de finaliser les divers supports qui vont accompagner l’événement, notamment le catalogue et le programme détaillé de la manifestation.

Est-ce que vous pouvez expliquer le concept Images For Learners pour notre public?
Dan Njiena T. Nous sommes partis du constat que nous avons été habitués à consommer énormément d’images provenant d’ailleurs. Et ces images ne véhiculent pas toujours nos aspirations. Au-delà de ce constat, on s’est dit: qu’est-ce qui peut être un premier pas vers la réduction du gap des productions qui sont presque inexistantes chez nous et des productions provenant d’ailleurs ? Pour nous, c’est la jeunesse qui est à mieux de pouvoir relever ce défi là, parce qu’elle peut facilement s’approprier les outils de la technologie qui vont permettre de produire facilement et à moindre coût. Partant de là, on s’est dit : Il faudrait créer une sorte de tribune pour que ceux-ci aient l’envie de produire des images mais qu’on leur enseigne comment produire ces images et aussi comment les consommer. Voilà un peu, en résumé, le concept Images For Learners.

Etant donné qu’on ne voit pas ce genre de festival ici, qu’est-ce qui a été à la source de votre inspiration ?
Pr Alexi-Bienvenu Belibi Nous sommes partis de travaux scientifiques. L’histoire de l’acculturation, de l’appropriation de l’écrit par certaines aires géographiques – cas des protestants en Suède et des Jacobins en France -, montre que la production, la mise en circulation et la consommation des produits culturels véhiculés par l’écrit, bref, l’environnement scriptural, à lui seul suffit pour acculturer une aire géographique à l’écrit. En d’autres termes, l’environnement scriptural prime la scolarisation, l’alphabétisation qui sont secondaires. Vous pouvez alphabétiser les gens, leur apprendre à lire et à écrire. S’ils ne consomment pas au quotidien des produits culturels véhiculés par l’écrit, ils régressent et sombrent dans l’illettrisme.

On aurait pu faire l’hypothèse que ceci s’applique à l’image, que l’environnement iconique à lui seul suffit à acculturer une aire géographique donnée à l’image. Hélas ! L’histoire montre que ceci n’est pas vrai pour l’image. Comparaison n’est pas raison et ce qui est vrai de l’acculturation à l’écrit ne l’est pas également de l’acculturation à l’image. Ce n’est pas parce que l’image circule, que les gens la consomment, qu’ils vont se l’approprier. Ce n’est pas parce que le Cameroun et plus généralement l’Afrique consomment énormément d’images importées, que le continent va s’approprier la production de l’image.

Les travaux scientifiques, la littérature, montrent donc que, contrairement à l’écrit qui dépend étroitement de l’environnement scriptural, l’environnement iconique : la mise en circulation et la consommation de l’image, à elles seules, ne suffisent pas pour qu’une zone ou une aire géographique maîtrise la production des images. Il faut à tout prix que les populations apprennent cette étape pour se l’approprier..

Il faut une pédagogie?
Pr Alexi-Bienvenu Belibi Oui! Le volet didactique, pédagogique, est essentiel. Un pays, une aire géographique qui n’apprend pas à produire des images a beau consommer les images du monde entier, il ne deviendra pas pour autant producteur. C’est pour cette raison que nous avons donc fait le pari sur la jeunesse. Certes, il faut que les populations apprennent à produire les images mais pas toutes les populations parce qu’au plan technologique, l’Afrique bénéficie d’une chance énorme. Il y a encore quelques décennies, le matériel de production d’images était hors de portée. Avec les nouvelles technologies, on peut dire qu’on a démocratisé la production des images. On sait aujourd’hui qu’il y a des festivals entiers de cinéma produits par des smartphones. Aujourd’hui, l’image est à la portée de tous. Malheureusement, les nouvelles technologies posent un problème : les gens d’un certain âge, quadragénaires, quinquagénaires, sexagénaires et autres ont peur des technologies. Face au matériel technologique, beaucoup ont peur du voyage vers l’inconnu quand ils n’ont pas la phobie de la panne. Or, les jeunes n’éprouvent pas la peur de la panne, ils ont l’unique souci de l’exploration, l’appropriation, de l’utilisation et de l’exploitation maximales des technologies.

L’Afrique noire arrive à un stade où toutes les chances sont réunies pour qu’à son tour, elle s’approprie l’image. Et justement, dans notre argumentaire, nous avons insisté sur le cas nigérian. Grâce aux technologies, l’Afrique a la chance d’avoir au Nigéria, le second producteur d’images au monde. Et ces images sont produites grâce aux technologies les plus légères. Le cinéma nigérian est différent du cinéma hollywoodien. Le cinéma hollywoodien est extrêmement sophistiqué. Nollywood montre la place, aujourd’hui, de la technologie et c’est pour cela que notre concept a résolument fait le pari de la jeunesse. Nous partons de la littérature scientifique et de la réalité contemporaine, à savoir la généralisation et la vulgarisation des technologies. Il y a là deux conditions importantes qui se mettent en place et qui font que, sur le modèle nigérian, toute l’Afrique peut s’approprier désormais la production autochtone, autonome des images.

Pr Alexi-Bienvenu Belibi, président du festival « Images for learners »
I4L)/n

Vous avez fait le panorama de l’ensemble des motivations qui vous ont guidés. A quoi peuvent s’attendre tous ceux qui vont participer, qu’est-ce qui est prévu durant le festival?
Dan Njiena T. Le festival attend tout le monde : les apprenants, les parents, leurs proches, etc. Nous avons prévu diverses activités. Partant de l’esprit du festival qui se veut pédagogique et didactique, en congruence avec le thème de la première édition : Enseigner/apprendre à consommer/produire des images, même les adultes trouveront leur place dans ces manifestations parce qu’on va non seulement apprendre à consommer mais aussi à produire des images. Parce que ce n’est pas tout ce qui passe sur nos écrans qui est conseillé.

Pr. Alexi-Bienvenu Belibi Pour prolonger ce que dit Dan, nous sommes partis de l’observation. Aux heures de grande écoute, c’est-à-dire entre 18h et 22h, les ménages frisent le divorce parce qu’ils se disputent les moniteurs de télévision. Nos compagnes sont scotchées sur les productions de TV Globo et autres productions mexicaines. Pendant que les messieurs voudraient, après le travail, suivre l’actualité. Mieux, nous sommes gros consommateurs des séries de TV Globo qui sont racistes. Nous avons observé, Dan et moi, que lorsqu’on regarde le casting d’une série brésilienne, les premiers rôles féminins sont occupés par des jeunes dames qui correspondent au canon de beauté hollywoodien (yeux clairs, mensurations.). Les seconds rôles africains en revanche sont cochers, garçons de café et femmes de ménage à la plastique la plus repoussante. Bref, on montre le Noir dans toute sa laideur, conformément à l’imaginaire raciste brésilien. Il se trouve que ce cinéma-là, malgré sa charge incroyablement raciste qui fiche le Noir dans sa condition d’infériorité, ne semble pas préoccuper le consommateur camerounais. C’est pour cette raison que Dan évoquait tout à l’heure la topique, la thématique de notre première session : Enseigner-apprendre à consommer/produire des images car la consommation de l’image pose elle-même un problème réel.

Nous avons aussi remarqué qu’il y a une dépersonnalisation totale de la personne africaine. Nos femmes ne peuvent plus tolérer la mélanine, elles ne peuvent plus tolérer le cheveu crépu, nous sommes devenus de gros importateurs de cheveux indiens et brésiliens, sans parler des perruques et autres produits de substitution. Les produits chimiques qui éclaircissent la peau font fureur. Nous avons donc un problème de personnalité. Nos sociétés manifestent le comportement caractéristique des peuples vaincus : ceux qui ont abdiqué dans le domaine de la défense de leurs langues et donc de leurs cultures. L’école sociolinguistique catalane désigne ce comportement du vocable d’auto-odi : la haine de soi, symptôme par excellence de la dépersonnalisation. Nous avons pensé que pour notre jeunesse, il y avait peut-être quelque chose à faire, à savoir que nous pouvons éduquer le regard : leur apprendre à savoir consommer des images de qualité.

Ça veut dire apprendre aux jeunes à prendre conscience de la dimension idéologique véhiculée dans les images ?
Pr Alexi-Bienvenu Belibi C’est le mot, l’image est entièrement inféodée à l’idéologie.

Dan Njiena T., Coordonnateur du festival
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Qui fera partie du jury ?
Dan Njiena T. Les membres du jury ce sont d’abord des professionnels du monde du cinéma, des formateurs, des pédagogues dans le domaine ; On a aussi des acteurs du monde de la culture, ceux qui ont bien voulu nous suivre dans cette aventure. En plus des activités du festival (conférences, séminaires, ateliers de formation), on aura aussi des attractions sur divers sites. La culture va aussi avec le tourisme. On a prévu une excursion au parc de la Mefou pour que nos invités aillent apprécier les grands singes du Cameroun. Sur le site du village, nous aurons un coin gastronomique pour déguster les mets locaux, les plats de l’ensemble du Cameroun. Au-delà de cela, nous aurons les deux soirées à l’ouverture et à la clôture du festival. Ici, nous présenterons le palmarès des personnes primées ; A la clôture du festival, nous aurons une soirée de gala au cours de laquelle on remerciera tous ceux qui ont permis qu’on puisse réaliser ce projet.

Il est utile de préciser que nous avons voulu donner un caractère culturel à notre festival qui est la biennale de Yaoundé. Nous avons voulu marquer d’une pierre blanche notre initative. C’est pour cela que nos prix s’appellent MÌ€bam MiÅ<Ì€koÌ m. MÌ€bam MiÅ<Ì€koÌ m, en ewondo, est le nom de la chaîne de montagnes qui encerclent la ville de Yaoundé. Nous avons un poste de dépenses pour la sculpture de trophées ; le trophée est accompagné d'une part du parchemin, et d'autre part, d'une enveloppe symbolique pour que les jeunes sachent qu'il y a désormais une institution qui peut se pencher sur leur formation, qui peut les accompagner. Nous allons publier, à l'occasion de chaque édition du festival, une revue scientifique, qui reprendra la thématique du colloque. L'appel à communication portera sur les métiers du cinéma. La revue sera gratuite et accompagnera le volet pédagogique. Peut-on avoir un aperçu sur les invités ?
Dan Njiena T. On a, entre autres, des directeurs de festival et des enseignants dans des écoles de cinéma et l’audiovisuel, des professionnels.
Pr Alexi-Bienvenu Belibi Ce festival concerne les écoles de cinéma parce que dans le cinéma, il y a une dimension école. Il s’agit donc du cinéma expérimental ou cinéma d’école. Les genres que nous allons principalement primer sont des genres qui relèvent du cinéma expérimental ou cinéma d’école. En principe, qui veut devenir un grand cinéaste doit passer par des genres mineurs relevant du cinéma expérimental ou cinéma d’école, à l’instar du scénario.
Dan Njiena T. Le festival verra la participation de Nicolas Girard Deltruc, Nicolas Bianco, Noura Nefzi, Hassen Alileche, Kadidja Leclerc, Masha Vasilkovsky, Kadidja Leclerc, Füsun Erikssen, Samatha Biffot, Virgiliu Margineanu, Nasrin GHashghaei..

Il y a beaucoup de festivals consacrés au cinéma au Cameroun, dont l’un des plus emblématiques est le Festival Ecrans Noirs. Il existe également un festival du court métrage, un autre pour le cinéma itinérant, etc. Comment a été perçu votre concept par ces autres acteurs? Est-ce qu’il y a la coopération voulue ?
Dan Njiena T. Nous avons approché tous ces acteurs.
Pr Alexi-Bienvenu Belibi Nous avons assisté et continuerons d’assister à toutes les éditions des festivals existant au Cameroun. C’est systématique. Nous avons été à toutes les sessions de l’année. Nous avons été à l’ouverture et à la clôture des Ecrans Noirs ; nous avons été à Yaoundé tout court ; il vient de se tenir un festival à l’Ouest, le FICIB, nous y avons été. Nous allons vers tous les professionnels qui exercent sur la place de Yaoundé et plus généralement au Cameroun. Depuis que notre concept existe, nous avons été invités à de nombreux festivals à l’extérieur. La dernière fois, c’était à Sousse, en Tunisie. Nous faisons ce qui est en notre pouvoir pour aller vers les autres professionnels dans le domaine de cette activité culturelle.

On sait qu’un festival a des coûts, est-ce que vous avez eu des sponsors, des entreprises ou institutions qui vous accompagnent dans cette initiative ?
Dan Njiena T. Compte tenu des antécédents dans le domaine, c’est un peu difficile du côté des sponsors. Pour l’instant, ce qui est sûr, c’est le soutien que nous ont apporté la Communauté urbaine de Yaoundé, à travers le Délégué du gouvernement près la Communauté urbaine et l’Institut français de Yaoundé, à travers son directeur. Voilà les partenaires sûrs de l’heure. Pour le reste, nous sommes optimistes car nous avons reçu des promesses.

Est-ce à dire que vous prenez l’essentiel sur vous ?
Pr Alexi-Bienvenu Belibi Depuis pratiquement deux ans, Dan et moi travaillons ensemble tous les jours, sans discontinuer. Nous avons supporté intégralement tous les frais depuis ces deux années. Nous sommes convaincus qu’il en sera ainsi jusqu’à la réalisation du festival. Naturellement, nous avons adressé à de très nombreuses entreprises notre dossier de sponsoring et/ou de mécénat. Nous sommes cependant sans illusions et nous le comprenons bien : parce qu’ils ne nous connaissent pas, les gens préfèrent nous observer dans un premier temps. Il nous appartient donc de saisir l’opportunité que se présente à nous pour faire nos preuves et emporter l’adhésion du grand nombre à notre concept. Nous faisons néanmoins l’hypothèse forte qu’il y a certainement une vingtaine de sponsors qui vont voudront bien nous. Il va donc de soi, à ce stade que le gros de la dépense nous incombera.


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