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«Yes we Khan»

Par Michel Lobé Etamé, journaliste

Sacrés Anglo-Saxons! Ils nous étonneront toujours par leur flegme légendaire, leur capacité à déjouer les pronostics et les sondages. Qu’ils soient du Royaume-Uni ou des nouveaux mondes, ils écrivent l’histoire de l’humanité et font fi aux esprits rétrogrades de la vieille Europe accrochée à ses privilèges de l’esclavage et de la colonisation. Ils brisent les codes de domination des races et des religions. Pour preuve : les anglais viennent d’élire un maire d’origine pakistanaise pour diriger Londres, la plus grande ville occidentale, malgré une campagne haineuse, nauséabonde et discriminatoire.

Cette élection nous ramène des années en arrière avec Barack Obama que l’Europe ne voulait pas voir à Washington.

Le nouveau maire de Londres prendra bientôt ses fonctions. La terre n’arrêtera pas de tourner. Ce britannique issu des milieux populaires a su convaincre l’électorat par un discours de rassemblement, d’espoir, et d’unité. La peur brandie par le camp adverse n’a pas eu l’effet escompté. Cette campagne haineuse s’est révélée contreproductive. Les londoniens, progressistes et vaillants, ont su résister à la diatribe stérile et malfaisante de ceux qui continuent de se tromper de siècle. On est anglais et peu importe les confessions religieuses ou la race.

« Yes we Khan »
L’élection de Sadiq Khan, comme l’a souligné l’expert Tony Travers, de la London School of Economics (LSE), est un «remarquable signe du cosmopolitisme » de Londres, « ville monde » dont 30% de la population est non blanche. Sadiq Khan s’est inspiré du slogan désormais célèbre de Barack Obama. Son slogan « Yes we Khan » est révélateur de ses ambitions pour sauver un Parti travailliste en perte de vitesse.

Sadiq Khan est avant tout un anglais. Musulman pratiquant, il a su résister aux attaques de ses adversaires qui le discréditaient en le qualifiant de « radical ». Mais, l’élection de Sadiq Khan est surtout un symbole pour les minorités qui doutent.

La République de l’égalité des chances
Le monde libre a digéré les victoires électorales de Barack Obama. Un climat de tolérance s’est installé, malgré tout, aux Etats-Unis. Rien ne saurait freiner cette marche vers le vivre ensemble.

La mondialisation suit son chemin. Certes, le combat est long et semé d’embûches. Un combat où les pièges et les barrières s’érigent tous les jours. L’élection de Sadiq Khan est une preuve que l’intégration des minorités est possible. Grâce à des politiques sociales et des campagnes d’éducation et de sensibilisation en cours, les britanniques ont pris conscience de l’apport des minorités dans la vie économique et sociale du royaume. L’égalité des chances prônées trouve ici son aboutissement.

L’élection de Sadiq Khan est aussi un pied du nez aux médias français. Ils n’ont pas arrêté de relayer la campagne calomnieuse menée contre le nouveau maire de Londres sur ses origines modestes, sa religion et son prétendu radicalisme.

Un maire issu des minorités à Paris ? A l’heure actuelle, ce scénario n’est pas envisageable.

La question divise et dérange la classe politique dans l’hexagone. C’est même un véritable outrage. La couleur de la peau, la religion et la position sociale d’une personne issue des « minorités visibles » constituent encore un lourd handicap dans notre société.

La période coloniale française a pourtant vu un maire noir à Paris et ministre de la République (Severiano de Heredia) en 1879 et un président du sénat (Gaston Monnerville). La France d’alors faisait preuve de tolérance. L’intégration totale et réelle était au centre des préoccupations des politiques. C’était la République de l’égalité des chances, une période où l’on parlait de la France avec fierté et où les calculs électoralistes ne venaient pas assombrir le pays des droits de l’homme.

Le climat social s’est dégradé en France avec la montée des populismes. Une France décomplexée se permet de tout dire à travers les réseaux sociaux et les médias. Une minorité d’esprits chagrins, mais très influents, puisent toujours dans la théorie des races supérieures chère au siècle des lumières. Les politiques, au nom de la libéralisation de la parole, en profitent pour jeter l’opprobre sur les minorités. Au nom de la lutte contre les communautarismes, certains politiciens ont oublié l’essentiel : la lutte contre le chômage, la précarité, le vivre ensemble et la santé du citoyen. Ils font de ce thème leur credo de campagne.

La société a inconsciemment créé des citoyens de seconde zone. L’ascenseur social s’est crispé. Dans une période d’incertitude, la situation des jeunes issus de l’immigration s’est nettement dégradée. Les campagnes de CV anonymes n’ont fait qu’amplifier la « descente aux enfers » des jeunes diplômés qui gonflent malgré eux les rangs des emplois à la sécurité. Cette discrimination est un élément de déséquilibre social et facteur de désespérance. La France décomplexée devrait être celle qui pense, construit, propose, invente, innove et offre les mêmes chances à tous ses enfants.

Nous sommes passés de la préférence nationale à la préférence raciale ou religieuse. C’est ce qui explique le climat social actuel où beaucoup se sentent exclus. Nous devons briser ce plafond de verre qui plane sur les têtes pour libérer toutes les énergies dont la France a besoin.

Michel Lobé Etamé.
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